L'ACTION DE LA CHARITÉ
titutions périssaient! Est-ce assez de continuer le peu de bien que nous avions coutume de faire, et lorsque le malheur des temps ne cesse pas d'inventer de nouvelles souffrances, faudra-t-il nous contenter de vieux remèdes? m
Que voudrait-il donc? Un recrutement plus actif des conférences; puis une perquisition, si j'ose dire, plus ardente des malheureux qui se cachent : pauvres honteux, ouvriers honorables, habitués à vivre de leur travail, et que la longueur du chômage réduit au dernier dénuement?
Il se demande en septembre : « Que sera pour la France l'année qui va s'ouvrir? Je ne sais. Mais je sais bien que pour notre société , elle sera encore une de ces années de campagne qui ont plus de fatigue, mais qui compte pour deux. Allez à ces malheureux, portez-leur votre offrande , pour modique qu'elle soit. Mais n'eussions-nous à leur offrir qu'une obole, nous leur aurons du moins donné la consolation de serrer des mains amies, d'entendre une parole chrétienne, d'apprendre à honorer leur pauvreté comme la couronne d'épines du Sauveur! »
Cette année de campagne venait de s'ouvrir, fin de 48,' par une épidémie de choléra. Inquiet pour sa femme et sa fille, Ozanam les retira et domicilia à Versailles. En même temps lui-même, 22 avril 1849, provoque et organise avec ses collègues du conseil général une association de quarante braves qui porteront les secours temporels et spirituels aux cholériques que des motifs particuliers ne permettaient pas de transporter aux hôpitaux. — Dans l'as-
1. Bulletin de la Société de Saint-Vincent de Paul, m 2, 1" septembre 1848. Voir aussi n» 5, janvier 1849. - Discours de M. Ozanam à l'Assemblée générale du 14 décembre 1848
semblée générale suivante, 19 juillet, ces premiers quarante étaient devenus cent douze. « C'était assurément bien peu, dit-il, pour aller au secours d'un peuple décimé, de l'administration déconcertée, de la science aux abois. Cependant ces cent douze braves eurent cette sagesse de ne point comparer leur faiblesse à la grandeur du péril et du besoin. Divisés en neuf sections, qui se répartirent entre les quartiers les plus frappés, ils se mirent à la disposition des sœurs de Charité et des ambulances médicales. Dans l'espace de deux mois, plus de deux mille malades reçurent leurs soins. De ce nombre, les trois quarts furent sauvés; les autres moururent dans la paix de Dieu, munis des sacrements de l'Église. )>
Ozanam regrette de ne pouvoir dire en détail les horreurs et les consolations de ces moments de deuil : « Des rues entières dépeuplées en quelques nuits, mais en même temps la grâce moissonnant pour ainsi dire à pleines mains; ces pauvres gens voulant tous mourir dans les bras du prêtre ; et ces hommages inouïs, ces cris, ces fleurs sur les pieds du nouvel archevêque, M^' Sibour, au pèlerinage du tombeau de sainte Geneviève. Et puis la reconnaissance des familles, les effusions attendries de la foule, étonnée que des jeunes gens, uniquement pour la gloire du Sauveur Jésus, se soient arrachés des bras de leurs parents pour venir dans leur faubourg contaminé, secourir leurs malades et ensevelir leurs morts.
« M*^' l'Archevêque a pris en chaire l'engagement d'adopter les orphelins abandonnés. La société et les conférences de Saint- Vincent de Paul en ont réclamé leur part. Et en combien d'autres lieux, en province, le même spectacle s'est renouvelé. Ainsi la foi revenait sur les pas de la charité, dit-il; et la religion,