‹ Frédéric OzanamChapitre 221 sur 344 · DU SOCIALISME · texte numérisé non relu

DU SOCIALISME

de la résignation, le plus sûr remède de leurs douleurs et le dernier mot d'une vie qui doit finir. »

Pratiquement, Ozanam disait encore que « la science du bien social et des réformes bienfaisantes s'apprend, moins penché sur les livres et assis au pied de la tribune politique, qu'en montant les étages de la maison du pauvre, qu'en s'asseyant à son chevet, qu'en souffrant du même froid que lui, qu'en entrant dans le secret de son cœur désolé et de sa conscience ravagée. Uuand on a ainsi étudié le pauvre chez lui, à l'école, à l'hôpital, à l'atelier, dans les villes, ilaus les campagnes, dans toutes les conditions où l^ieu l'a mis, c'est alors seulement que, muni de tous les éléments du formidable problème, on commence à le posséder et on peut songer à le résoudre ».

Il y avait de jeunes confrères que fascinaient peut-être de prestigieuses utopies : Ozanam y opposait son expérience et ses souvenirs d'étudiant : « On vous dira, et déjà on vous dit chaque jour : Jusques à quand irez-vous dans les associations catholiques pratiquer la charité du verre d'eau? Qu'allez- vous faire parmi des hommes qui ne savent que soulager la misère, sans en tarir les sources? Que ne venez-vous plutôt vous asseoir dans ces réunions plus hardies où l'on travaille à déraciner le mal d'un seul coup, à régénérer le monde, à réhabiliter les déshérités? — Ce langage n'est pas nouveau pour nous : c'est celui que nous tenaient, il y a quinze ans, les écoles saint-simoniennes et phalanstériennes, lorsqu'en si petit nombre nous fondions la Société de Saint- Vincent de Paul ! Ah! que le Ciel nous garde de nous glorifier de nos œuvres! Mais, quand nous comparons ce que nous aurions fait dans les rangs de ceux qui nous infligeaient leurs reproches, avec les besoins que nous

avons secourus, les larmes que nous avons essuyées, les unions légitimées, les enfants élevés, peut-être les crimes prévenus, les colères adoucies, ah ! nous n'avons pas de regret du choix que Dieu nous a inspiré de faire î Choisissez de même. Messieurs, et, dans quinze ans, vous ne vous en repentirez pas! »

Jusque-là rÈre nouvelle ^}o\\vndl de la pacification sociale par le christianisme, n'avait guère trouvé de contradicteurs dans les rangs catholiques. Aussi bien, c'était sur cet impérieux intérêt de la défense sociale que s'était fait provisoirement le ralliement de leurs chefs à la République conservatrice. Dès le 24 février, l'Univers s'était empressé d'écrire, 10 heures du soir : « La dynastie de juillet a succombé, la Révolution est consommée. Aujourd'hui comme hier, rien n'est possible que par la liberté. Une liberté sincère peut tout sauver. Tous les gouvernements ont en eux la faculté de s'affermir. Il leur suffit d'aimer la justice et de pratiquer la liberté. »

C'était aussi à la cause de la liberté que Montalembert associait celle de la république, dans son manifeste du 28 février, aux comités catholiques : « Au milieu de toutes les révolutions, l'Église reste debout. Sous la république, comme sous la monarchie, catholiques avant tout, il nous faut défendre, aimer, servir la liberté religieuse dans un ardent amour pour la patrie, un impérissable dévouement à sa gloire et à son bonheur. » Sa profession de foi aux électeurs du Doubs s'avançait même jusqu'à dire : « Si, comme aux États-Unis, cette forme de gouvernement garantit à la religion, à la propriété, à la famille, le bienfait suprême de la liberté, la république n'aura pas de fils plus dévoué que moi Mais si elle ne recule pas

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