POUR PIE IX
il n'y a pas longtemps qu'on lui entendait dire : qu'il remercierait Dieu, tant qu'on lui laisserait une besace et un bâton, avec la liberté de parcourir la terre en bénissant les peuples sur son chemin. Mais, à côté du pape, il y a, à sa charge, les grandes administrations et institutions dont le fonctionnement constitue le gouvernement des affaires religieuses de la chrétienté. Les soutenir, c'est non seulement accomplir un acte de pressante charité, mais faire un acte de foi dans la vitalité de l'Église. «
La souscription faisait spécialement appel à la grande fortune pour une grande aumône. « Le Saint- Père y lira en tête les plus grands noms de France. Cet appel les honore, cette aumône les bénira. Très Saint Père, en tendant vers nous cette main que tant de lèvres ardentes ont baisée, vous nous donnerez bien plus que vous n'aurez reçu... »
De généreux chrétiens estimèrent que c'était l'heure de rétablir l'antique Denier de saint Pierre. Ayant d'abord adressé un Mandement à cet effet, et ordonné des prières publiques, M^" Sibour convoqua au Cercle catholique une Assemblée où fut formulée une adresse au Pape, et nommée une commission d'organisation et de souscription. Ozanam en fit partie. Outre son éloquent appel dansl'^re nouvelle, il fit le 23 janvier 184.9, à son cours du lundi, une quête, précédée dune exhortation, où, ayant rappelé les bienfaits dont Pie IX avait comblé l'Italie et la chrétienté, il termina ainsi : « Mais il y a ici plus que l'intérêt de l'Italie, il y a celui de la civilisation tout entière, engagée à ne pas laisser périr l'indépendance d'un pouvoir spirituel qui gouverne les consciences de deux cents millions d'hommes. Il y a l'avenir de cette société moderne qui, lasse de tant d'agitations, ne
trouvera son repos que dans l'accord du christianisme et de la liberté. Depuis soixante ans, Messieurs, nous travaillons à la statue de la liberté. Aux premiers coups du marteau et du ciseau, on ne vit d'abord qu'une figure informe et l'on crut que du bloc il ne sortirait qu'un monstre. Aujourd'hui la tête radieuse se montre sous des traits nouveaux et moins farouches, qui rassurent l'inquiétude du monde. Cependant plusieurs passent et disent, en la regardant : « Ce n'est qu'une statue, elle ne vivra pas! » Messieurs, il faut faire vivre la statue; il faut chercher pour elle la vie où notre Prométhée la chercha et Fa trouvée, c'est-à-dire au ciel. C'est le christianisme qui sera l'âme de la liberté. »
U Ere nouvelle était aux abois. Depuis la retraite du Père Lacordaire, elle ne laissait pas de lutter, moins pour la victoire que pour l'honneur de la cause : « Si elle avait cessé de paraître alors, septembre 1848, écrivait Ozanam, on aurait pu dire que des catholiques, timides serviteurs des événements, avaient eu un journal républicain tant que la République avait été forte, mais qu'ils avaient eu hâte de changer avec la fortune contraire. Après six mois de combat, après tant d'injures que nous avons pardonnées, mais souffertes, sans intérêt ni de gain, ni d'ambition, ni d'amour-propre, on sait maintenant qu'il y a parmi les catholiques de France une opinion sincère, capable de sacrifices autant qu'incapable de pusillanimité. »
Il faut dire cependant que, depuis janvier 1849, Ozanam n'y collaborait plus régulièrement. Il écrit le 11 mars : « Il y a quelques mois que je ne travaille plus à VEre nouvelle, à cause d'un livre qu'il me faut finir et de mon cours qui dévore tous mes moments. Mais c'est encore le journal pour lequel je fais des