‹ Frédéric OzanamChapitre 228 sur 344 · SA DÉCLARATION · texte numérisé non relu

SA DÉCLARATION

vœux; tout en confessant qu'il arrive, comme dans tous les journaux auxquels on ne travaille pas, qu'on y insère des articles qui ne me plaisent pas toujours. . . » C'est que, nous apprend son frère, « certains collaborateurs voulaient donner à VÈre nouvelle une couleur plus tranchée dans le sens démocratique ».

N'y en avait-il pas ailleurs qui allaient jusqu'à dire que le christianisme c'était la démocratie? — Montalembert bondissait : « Non, le christianisme, qui se prête à toutes les formes de gouvernement, ne s'identifie avec aucune. Voilà ce qu'il faut proclamer et répéter sans cesse, en face de l'orgueil démesuré des pygméesde notre temps. J'ai passé ma jeunesse à entendre dire que le christianisme était la monarchie, et qu'on ne pouvait être bon chrétien sans croire à la royauté légitime. J'ai lutté vingt ans, et non sans quelque succès, contre cette vieille erreur aujourd'hui dissipée. Je lutterais vingt ans encore contre la nouvelle prétention qui confond le christianisme avec la démocratie, autre forme de la même et triste idolâtrie de la victoire, de la force et de la fortune. »

Mais ne venons-nous pas de lire semblablementdans Ozanam que : « l'Église n'a jamais voulu entendre à être impériale, ni féodale, ni royale, ni libérale, parce qu'elle est plus que tout cela : elle est catholique! »

Bref, un mois après, le 9 avril 1849, VÈre nouvelle annonça qu'elle cessait de paraître. Une Déclaration çignée de la Rédaction tout entière, Ozanam au premier rang, en donnait les raisons, précédées d'un large exposé de ses principes, ainsi que des phases diverses traversées par l'œuvre. Cette pièce est d'une haute tenue et d'une large lumière. La main d'Ozanam n'y était pas étrangère.

Elle dit d'abord le point de départ de cette œuvre :

une œuvre, non une afTaire. La générosité de son dessein, à savoir : l'application des principes chrétiens à la société moderne, pour la félicité de l'homme, moyennant le respect de sa dignité et de sa liberté ! Elle mentionne l'opposition que lui a suscitée ce mot de démocratie suspect à beaucoup de gens de bien, surtout quand on le vit invoqué par l'anarchie triomphante en Italie, et ailleurs. « Et cependant qui peut oublier avec quelle énergie et quelle indignation, nous avons flétri à Rome une révolution tramée par l'ingratitude et inaugurée par l'assassinat? »

« Or, tandis qu'en dépit de ces attaques et de ces malentendus, VÈre chrétienne marchait à son but sans faiblir, l'union des partis politiques se faisait menaçante pour sa cause. Les événements, qui ne peuvent rien contre les doctrines, mais qui entraînent avec eux la masse des esprits, semblaient de plus en plus donner tort au régime d'une république honnête, sincère, dont se détachait le grand nombre. VÈre nouvelle subit dans ses intérêts les conséquences de ce délaissement. Mais chacun avait fait son devoir. Dieu, le seul pour qui des hommes de foi et de cœur pouvaient se résoudre à ce dur métier d'écrire, de combattre, d'être méconnus et calomniés, Dieu ne nous demandait rien de plus.

(( .. L'ancienne rédaction du journal, unie aujourd'hui comme toujours, se retire tout entière. Mais ses adieux n'auront rien qui sente le découragement ni le repentir. Nous ne nous retirons, il faut qu'on le sache, ni devant la violence des attaques, ni devant ce scepticisme qui a fini par gagner plus d'une fois les serviteurs mêmes de la liberté. Nous nous retirons devant des difficultés matérielles où la Providence a caché peut-être i n dessein bienfaisant pour la fécou'

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