‹ Frédéric OzanamChapitre 229 sur 344 · OBSCURITÉS ET DOUTES · texte numérisé non relu

OBSCURITÉS ET DOUTES

dation de nos doctrines, comme les frimas qui font rentrer le laboureur font aussi germer le blé. »

Suivent les signatures : H. Maret, Ozanam, Audley, Eiig. Rendu , Gouraud, Feugeraij, L. F. Guérin.

Quelques jours après, 8 mai, Ozanam, adressant à M. Prosper Dugas cette Déclaration, l'accompagnait de ces éclaircissements nécessaires : « On a fait courir le bruit que les rédacteurs se sont retirés sur les conseils de l'autorité ecclésiastique. Il n'en est rien : M*-" l'Archevêque de Paris, son cousin l'abbé Sibour, M. Buquet, vicaire général, nous ont au contraire exprimé leur vif regret de voir finir ce journal qu'ils croyaient nécessaire à la défense de la religion. Des raisons de délicatesse ne nous ont pas permis de dire quelles hautes sympathies nous trouvions dans une partie de l'épiscopat. Mais si je croyais pouvoir' me tromper en politique, je ne craignais pas d'errer en religion, quand nous avions de notre côté des hommes tels que l'abbé Maret, l'abbé Gerbet, le Père Lacordaire, lequel, en cessant de collaborer, n'a jamais cessé de nous encourager de ses vœux et de nous aider de ses conseils ^ »

C'était aux derniers jours du Carême que VÈre nouvelle venait de s'effondrer. Ozanam fut meurtri, mais non écrasé de sa chute. Écrivant, le samedi saint à sa belle-mère, il lui dit la douceur que sa fatigue et sa tristesse trouvent, cette semaine-là, dans la société familière de Jésus et l'attente de sa divine

1 . L'un de ces trois, il est vrai, l'abbé Maret, devenu M^' Maret, doyen <ie la Sorbonne, bien longtemps plus tard, 1870, à la veille du concile du Vatican, erra sur le sujet de la Constitution de l'Église, dans deux volumes intitulés : Du concile général et la paix religieuse. Mais dès qu'il fut averti de son erreur, il s'empressa ae retirer courageusement son ouvrage et de faire au Saint-Siège une soumission que M»' Pie déclara alors u très entière, très honorable, très circonstanciée ».

visite : f 0 ma chère mère, après les peines, les batailles et les défaites de la vie. qu'il est consolant d'avoir ces courts moments de repos, sur le sein du Sauveur, comme saint Jean! C'est quand on a la tête cassée de travail, le cœur aigri de discussions et de mécontentements, que, sorti des rivalités des hommes et du contact des mauvaises passions, on aspire à la paix de ces journées saintes ! Qu'il fera donc bon de nous trouver aux pieds du bon Maître, qui nous attend demain matin! »

Après ce grand sacrifice fait à la paix, nous voyons Ozanam s'empresser de tendre les deux mains aux amis lyonnais desquels il était séparé d'opinion, en se laissant voir lui-même moins absolu dans la sienne : « La vérité est, mon cher ami, écrit-il à M. Dugas, que la divine Providence ne nous a pas encore livré le secret de cette formidable année 18i8; que les meilleurs esprits peuvent s'y perdre, et que le parti le plus sage entre chrétiens est de ne pas se haïr pour des questions si conlroversables. »

A la Mie des tiraillements de la politique entre le président et l'Assemblée, sa confiance première semble fléchir. « Si c'est là le terme où Dieu mène le monde, écrit-il au même, j'avoue qu'il l'y mène par de rudes chemins; et. si je crois toujours à la démocratie, c'est malgré des excès qui seraient capables d'en dégoûter les gens de bien. »

A la même page, il parle des obscurités de la question : « Pour moi, en présence des formidables questions que la Providence nous pose et des obscurités qui nous environnent, je ne comprends pas que, pour les avoir comprises et résolues différemment, on se refroidisse et qu'on se sépare... Je n'ai jamais pu me passer de mes amis, mais leur souvenir m'est

Page 1