OBSCURITÉS ET DOUTES
infiniment plus précieux depuis que les révolutions séparent tant de gens qui s'étaient aimés. »
Là encore, Ozanam se félicite d'avoir quitté le terrain de la politique militante pour rentrer dans la sphère plus sereine des études, d'où il ne veut plus sortir : « Il faut, dit-il, qu'on sache à Lyon que les agitations politiques, dans lesquelles on m'a trop cru fourvoyé, ne m'ont pas arraché à l'objet préféré de mes études, c'est-à-dire à tout ce qui peut hâter l'alliance de la science et de la religion. Hélas! cette réconciliation ne fut jamais plus nécessaire qu'aujourd'hui, car la paix ne descendra dans les affaires qu'après s'être rétablie dans les idées. Que d'irritation î Que d'implacables ressentiments autour de nous! Ahl qu'il est temps que Dieu face la lumière clans ce chaos. »
Peu de mois après, la saison des vacances étant proche. Ozanani très fatigué, reçut des médecins l'ordre pressant d'aller respirer l'air des montagnes, avec la consigne d'y vivre dans l'abstention et l'éloignement de tout souci politique. Il y était encore, le 20 octobre, quand il écrit ainsi à son ami Dutieux, rédacteur de la Gazette de Lyon, qu'il venait de voir dans cette ville : « Vous me proposez une question politique où je n'aurai garde de m'engager pour le moment, la faculté de médecine ayant décidé que, jusqu'à nouvel ordre, la politique n'était pas de mon régime. »
Son passage par Lyon l'avait rendu à la chaude amitié de ses anciens camarades : u C'est ce qui a fait le charme de mon voyage, écrit-il à Janmot. Mon bon ami, répète-le à nos amis lyonnais ; le souvenir de votre bon accueil ne me quittera point : il me soutiendra dans mon travail et dans ces heures de tristesse qui l'accompagnent trop souvent. Pourtant
j'avais cru avoir une idée et peut-être quelque chose à faire en ce monde? Je crains bien de m'être trompé. Qui sait si ce n'est pas cette ambition que Dieu humilie et punit en me retirant la santé, et en me réduisant à reconnaître trop tard que je ne suis rien, et que j'avais trop présumé de mes forces? » Ces amis auprès desquels son cœur vient de se réchauffer, il en nomme quelques-uns : La Perrière, Arthaud, Genin, Velay, Laprade, le poète catholique et futur membre de l'Académie française; mais en donnant toujours à M. l'abbé Noirot la première place.
C'est à Ferney qu'il était, chez un oncle de sa femme, « mais tellement étranger aux affaires publiques qu'il en sortirait absolument comme s'il revenait de Chine. — En présence de ces admirables montagnes qui bornent notre horizon, les querelles des hommes me paraissent bien petites; et je ne puis concevoir qu'ils soient si pressés de se déchirer, au lieu de jouir des œuvres de Dieu ». Seulement il lui déplaît de respirer à l'ombre des arbres de Voltaire, et à deux pas de la cité de Calvin.
Il se consola de Calvin en trouvant à Genève une conférence de ^aint-Vincent de Paul, établie par M. le D"" Dufresne, gendre de M. Foisset. Elle se souvient encore de la vibrante allocution qu'il adressa aux confrères d'alors. Saint François de Sales en fit presque tous les frais.
Son séjour à Ferney fut abrégé par une lettre qui le convoquait à une réunion de la Faculté pour donner un successeur à M. Guizot : « Ma présence pouvait décider de la candidature de mon ami Wallon. Amitié à part, il s'agissait de mettre un catholique, en même temps qu'un excellent professeur, dans la chaire d'histoire moderne. Mon devoir était donc de