‹ Frédéric OzanamChapitre 231 sur 344 · LE SECOND EMPIRE · texte numérisé non relu

LE SECOND EMPIRE

partir, sans revoir Lyon, par le chemin le plus court. Le jeudi j'étais à Paris. Le lendemain nous avons élu Wallon. »

Lorsqu'à son retour, il fut demandé à Ozanam de reprendre son poste de combat dans la rédaction d'un nouveau journal, le Moniteur religieux, en collaboration avec l'abbé Gerbet et sous le patronage de M^"" l'Archevêque, Ozanam refusa, hormis peut-être quelques articles de loin en loin : « Ne croyez pas, écrit-il de là, que je rentre dans le journalisme, dont j'ai connu les épines. Aussi bien, le temps présent n'a rien d'assez séduisant pour me faire quitter mes barbares et mes Pères de l'Église ! »

Le 2 décembre 1851, la République avait vécu. Ce n'était pas la monarchie absolutiste qui la remplaçait, c'était l'Empire autocratique. Montalembert n'avait pas attendu cette catastrophe pour se détacher de celui qu'il appelait « son Prince » ; et revenir à son ami. Ainsi en écrira-t-il à M™* Ozanam, le lendemain de la mort de son époux : « Une appréciation diverse des désastres de 1848 nous avait un instant séparés, sans nous rendre ennemis. Mais, grâce aux événements qui sont venus nous éclairer mutuellement, nous nous étions instinctivement retrouvés et rapprochés. Je me sentais, comme autrefois, d'accord avec lui sur tout. »

Ainsi finit l'Ère nouvelle, après douze mois seulement d'une courte mais brillante existence. « Elle avait, a-t-on écrit, donné un organe éloquent au parti de la confiance, et une direction aux chrétiens qui ne voulaient pas désespérer d'une situation périlleuse, et qui cherchaient à assurer la place de l'Église dans le triomphe de la démocratie. Mal comprise par quelques-uns, attaquée par des journaux exagérés,

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déjouée par les événements qui donnèrent bientôt l'avantage au désordre, puis à la force, l'entreprise d'une poignée de chrétiens généreux, qui ne voulaient ni de l'un ni de l'autre, ne pouvait pas durer. Mais, en des temps si difficiles, elle soutint bien des courages et mit en lumière des idées vraies, hardies et utiles. »

Ozanam y mit toute sa foi et toute sa charité : Sa foi en Dieu, et sa charité pour le peuple. N'y mêla-t-il pas des illusions qu'il prit pour des espérances? N'était-ce pas une illusion d'abord d'assimiler aux races neuves et convertissables qui ignoraient Jésus- Christ, la barbarie des masses modernes qui l'ont renié pour revenir au paganisme des croyances et des mœurs? N'en était-ce pas une aussi de les croire assez mûres et conscientes du devoir politique, en leur mettant en main l'instrument à double tranchant du suffrage universel? Il put voir l'usage qu'elles en firent. Ne s'est-il pas fait illusion aussi en identifiant ces deux choses très dissociables entre elles, qui sont la république et la liberté? Illusions généreuses, mais illusions dangereuses. Il faut l'en excuser, parce qu'il n'a pas vu ce que nous avons vu ; et l'histoire lui gardera le mérite de ses intentions et de ses efforts, comme Dieu, j'espère, lui en a donné la récompense.

Et aujourd'hui que, suivant la conviction et la prédiction d'Ozanam, le régime démocratique a prévalu de nouveau, et que la république nous est revenue, non pas comme une liberté, mais comme la pire tyrannie, non plus honnête et respectueuse, mais corruptrice et impie, désastreuse en somme, quelles réflexions et instructions se dégagent du démocratisme et républicanisme chrétien d'Ozanam, de celui

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