‹ Frédéric OzanamChapitre 240 sur 344 · LE LIBÉRALISME · texte numérisé non relu

LE LIBÉRALISME

comme vraies absolument des maximes de tolérance que la politique peut bien, en des circonstances données et pour éviter de plus grandsmaux, adopter comme règles provisoires de conduite, mais que la raison, non plus que la foi, ne saurait ériger en maxime, sous peine de tomber dans ce faux libéralisme, foudroyé par l'encyclique de 1864-, ou dans ce prétendu catholicisme sincère et indépendant qui n'est pas autre chose qu'un rationalisme déguisé ou un protestantisme bâtard. »

On ne saurait mieux penser, en dégageant Ozanam de cette solidarité dans les opinions professées et conséquemment dans les condamnations encourues par le parti. Sans reprendre ici tout ce que j'ai dit de la scrupuleuse et constante orthodoxie d'Ozanam, je ferai seulement observer que les quelques lignes extraites de ses lettres par les Études religieuses, lettres privées et familières, lignes abandonnées au courant de la plume, changent beaucoup d'aspect et même de sens, quand on les lit non isolées ou tronquées, mais complètes et rattachées à l'ensemble du contexte qui les explique et précise, en les replaçant dans leurs circonstances de lieu, de temps ou de personnes^.

Le vénérable et équitable critique termine ainsi : « Si je ne m'associe pas à toutes les opinions d'Ozanam, je les respecte, car elles s'alliaient chez lui à de nobles et légitimes desseins. Impossible à qui le lit de ne pas rendre justice à la pureté de ses intentions et à la générosité de ses sentiments. Il pouvait se trom-

1. Ainsi en est-il de ce passage, le seul en ce sujet que le R. P. Grandidier extrait des lettres d'Ozanam, sans doute parce qu'il croit y voir de sa part l'aveu d'un dissentiment conscient avec l'opinion courante dans le milieu romain. — Études, t. IX, mai-juin 1866.

Ozanam écrit de Rome à M. Dugas, jour de Pâques, 1847 : « Je puis

per en politique, il n'a pas erré en religion. « C'avait été en propres termes le vœu et l'espoir d'Ozanam.

Lorsque le a faux libéralisme » tomba sous les condamnations ex cathedra de l'encyclique Quanta cura et àxiSyllabiis, 1864, il y avait onze ansqu'Ozanam n'était plus. Il était mort prématurément, en laissant dans son testament la protestation de sa fidélité « à tous les enseignements de l'Église catholique, apostolique et romaine, au sein de laquelle il avait trouvé la lumière et la paix ».

Dans la célèbre Encyclique, la dernière proposition dénoncée, et mulctée par le Syllabus annexe, est celle-ci : « Le Pontife romain peut et doit se réconcilier avec le progrès, le libéralisme et la civilisation

dire, pour votre gouverne, que, si je ne me trompe point, les hommes les plus considérables de ce pays approuvent la thèse de liberté soutenue par l'Univers, en désapprouvant la violence de son langage et i'âpreté de sa polémique. On voudrait que ces questions agitées en France finissent non par une rupture, mais par un accord de l'Église et de l'État. •

Or pour comprendre ces lignes, et pour entrer dans la pensée d'Ozanam, il faut remarquer que celte expression, très vague il est TTai, de thèse de liberté, ne se rapporte point ici, dans l'espèce, à lune doctrine générale sur le libéralisme, mais très vraisemblablelûent à la question particulière et brûlante de la liberté d'enseignement, laquelle, précisément à cette date d'avril 1847, se débattait vivement dans les journaux, en face du projet de loi scolaire présenté ^r M. de Salvandy. Dans cette question l'Univers soutenait la thèse la plus extensive de la liberté religieuse, qu'approuvait pour le fond, sinon dans sa forme, l'opinion des Romains qu'a vus Ozanam ; et qu'eux et lui, suivant son esprit habituel de conciliation, désirent voir aboutir à un accord entre l'Église et l'État. Cette opinion approuvée par des personnages marquants de Rome, Ozanam croit utile de la signaler €<Hnme telle à M. Dugas, « pour sa gouverne », dit-il, en sa qualité de président du conseil directeur de la Gazette de Lyon. (V. sur ces débats, le Montalembert du R. P. Lecanuet, t. Il, ch. xvtout entier.)

Mais où y a-t-il là l'ombre d'un désaccord d'Ozanam avec Rome, louchant le libéralisme?

Le» deux autres textes non cités par le vénéré rédacteur des Étu-

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