LES FRANCS
reurs chrétiens, ce monde qu'il eût pu détruire, qu'iL aima mieux transformer; les lettres pénétrant peu à peu dans l'Église, et l'Église leur faisant accueil comme à une préparation humaine de TÉvangile; la théologie opposant la solidité indestructible de ses dogmes aux fables du paganisme et aux subtilités de l'hérésie ; la philosophie chrétienne renouant chez saint Augustin les plus sublimes spéculations et aspirations de Platon, éclairées par les lumières de la Révélation; la papauté opposant au torrent des invasions l'autorité de sa parole et de son intervention; le nionachisme préparant aux races nouvelles à la fois des instituteurs, des bienfaiteurs, des apôtres et des modèles ; les mœurs chrétiennes respectueuses de Fesclave, de l'indigent, de l'ouvrier, de la femme réhabilitée dans un mariage consacré; V éloquence^ V histoire, id, poésie ,V art Quïm^ baptisés, ets'essayant non sans éclat parfois, à célébrer ce qu'ils avaient méconnu, à flétrir ce qu'ils avaient glorifié. Autant de leçons qui deviendront les chapitres d'ur livre encore plus éloquent que le discours.
Mais l'enseignement d'Ozanam n'était pas seulement une parole brillante, c'était une action morale. Gomme il le dit de cette Église civilisatrice, c'est aux consciences des auditeurs qu'il s'adressait, lui aussi, et sur elles qu'il voulait agir, en vue de leur conquête. Ainsi faisait-il passer son âme par ses lèvres. Ainsi marque- t-il ses leçons de son sceau personnel, qui est bonté et vertu, non moins que science et vérité. Ainsi fut-il auprès de la jeunesse une véritable puissance, discrète mais bienfaisante, étant une puissance acceptée, acclamée et aimée.
Montalembert en témoignait ainsi à sa veuve, au
lendemain de sa mort : « Plus d'une fois, écrit-il, me rajeunissant à l'effet de jouir, comme ces jeunes gens, de cette parole si généreuse, si sincère, si attachante, j'ai été m'asseoir au pied de sa chaire; et je ne me console pas de la savoir vide et désormais muette pour eux et pour nous. 11 n'y avait à mes yeux personne sur qui l'on dût compter comme sur lui pour porter noblement le drapeau de l'intelligence catholique, pour garder cette pauvre jeunesse, et l'arracher au scepticisme, à la licence, à l'idolâtrie de la raison. Il était ajuste titre son guide, son oracle. »
Il y avait, par exemple, une belle leçon sur les Femmes chrétiennes du v® siècle. Là, parlant du mariage à ces jeunes hommes, Ozanam le leur faisait envisager par le grand côté du sacrifice, leur montrant le devoir d'y apporter la plénitude de vertus qu'ils requéraient eux-mêmes de la femme de leur choix : (( Ce sont deux coupes : dans l'une se trouve la pureté, la pudeur, l'innocence ; dans l'autre un amour intact, le dévouement, la consécration immortelle de l'homme à celle qui est plus faible que lui ; qu'hier il ne connaissait pas, et avec laquelle aujourd'hui il se trouve heureux de passer tous ses jours. Et il faut que les coupes soient également pleines pour que l'union soit équitable et que le ciel la bénisse. » Ozanam ne s'inspire-t-il pas ici de son propre souvenir, et du plus cher de tous?
Il y avait une leçon sur la Charité chrétienne. Comment eût-elle été oubliée par Ozanam? Comparant entre elles les deux religions, païenne et chrétienne, dans ce qu'elles ont fait pour l'encouragement du travail, la libération de l'esclave, l'assistance du pauvre, Ozanam regarde les monuments qui, de part et d'autre, en portent témoignage : « Oui, conclut-il,