L'AVANT-PROPOS
m'accompagnera, lui, jusqu'à la fin de ma course, sur ces hauteurs du moyen âge où il a marqué sa place. Trois femmes bénies m'assisteront aussi : la Vierge Marie, ma mère et ma sœur. Mais celle qui est pour moi Béatrix m'a été laissée sur la terre pour me soutenir d'un sourire et d'un regard, pour m'arracher âmes découragements, et me montrer, sous sa plus touchante image, la puissance de l'amour chrétien dont je vais raconter les œuvres.
« Et maintenant, pourquoi donc hésiterais-je à imiter le vieil Alighieri, et à terminer cette préface comme finit celle de son Paradis^ en mettant mon livre sous la protection du Dieu béni dans tous les siècles? »
Telle est la fin de V Avant-propos. C'est le nom du « Dieu très bon et très grand » inscrit au fronton du portique. Mais lui sera-t-il donné de mettre la dernière main à l'édifice commencé? Il a répondu à sa vocation, il a accompli sa mission, il a traversé le désert, sous la conduite de la colonne de feu ; il est sur la montagne, en face de la Terre promise. Y pourrat-il entrer? Il vient de nous faire entendre ses appréhensions, avec sa résignation. N'a-t-on pas dit de cet Avant-propos que c'était « un acte testamentaire »?
Tandis que ces pages sereines se voilaient de ce sombre pressentiment, une autre grande souffrance vint fondre sur Ozanam au sujet de la personne chère qu'il vient de saluer et remercier sous l'image de Béatrix. Je lis un peu plus tard dans ses lettres : « Ce printemps dont nous nous promettions tant de bien n'a été qu'une saison de douleur. Et maintenant toute ma préoccupation est de rétablir ma femme et ma fille avant les premières fraîcheurs de l'automne. »