‹ Frédéric OzanamChapitre 26 sur 344 · RÉVOLUTION DE JUILLET · texte numérisé non relu

RÉVOLUTION DE JUILLET

Je voudrais être en tout un digne enfant de l'Église. J'apporte sans doute une exactitude invariable âmes habitudes religieuses, mais je vous avoue que la confession me coûte. La cause en est dans mon orgueil, dans la confusion que j'y ressens, et surtout dans le manque d'énergie qui m'empêche de me corriger. »

C'était le 8 juin 1830 qu'il écrivait ainsi. Quelques jours après éclatait la Révolution. La correspondance reprend sur ce nouveau sujet. Ozanam s'indigne des impiétés commises dans ces jours de violences : « débordement de la presse, brisement de croix, représailles gouvernementales qui creusent plus profond le fossé entre le nouveau régime et l'Église catholique ». Et pourtant c'est de cette Église seule qu'il attend le retour d'une paix durable dans la société ! Quant à la politique, il ne se prononce pas, jusqu'à ce que l'arbre de la Kberté se soit fait connaître à ses fruits. Et ce tout jeune homme saura attendre : « Tandis que les jeunes acclament la glorieuse Révolution, je tâche, quant à moi, de me faire vieux; je regarde, j'attends, j'observe, et dans dix ans d'ici je me prononcerai. En attendant, mon ami, unissons-nous l'un à l'autre pour être bons chrétiens. Je me réjouis de penser que, dans cette traversée de la tempête, nous nous servirons d'appui l'un à l'autre, sans défaillance ni chute. Une telle amitié ne peut qu'être bénie de Dieu. Et un jour viendra où, parvenus presque au bout de la carrière, nous nous féliciterons d'y être entrés en nous donnant la main. »

On parlait beaucoup de guerre, dans ces jours d'ébranlement général européen : « Qui me dit, écrit Ozanam, 14 août, qu'un de ces quatre matins, je ne me verrai pas, comme mon père, à quelque pont

d'Arcole, ou à Lodî, ou sur la route de Vienne, même celle de Londres, le sac au dos et le sabre à la main? Eh bien, soit! Advienne que pourra. Mais je n'en poursuis pas moins le cours de mes études. N'est-il pas bon qu'un soldat sache parler allemand et italien? Surtout un militaire ne doit-il pas être armé d'une foi plus solide, conséquemment d'une forte instruction religieuse? »

Ozanam eût pu citer l'exemple d'un militaire duquel il écrivait, cinq mois avant de mourir : « En quittant les hussards, mon père avait lu d'un bout à l'autre la volumineuse Bible de Dom Calmet, et il savait le latin comme nous autres professeurs nous ne le savons plus. )>

Tout en étudiant beaucoup, Frédéric s'apprenait à écrire pour le public. MM. Noirot et Legeay, ses maîtres, avaient fondé à Lyon une petite revue, UAbeille^ ouverte aux travaux de leurs anciens élèves. Ozanam y apportait un fréquent et brillant concours. Outre des sujets d'actualité et des amusements littérairesenproseou envers, auxquels s'exerçait saplume, c'étaient beaucoup la philosophie et l'histoire qu'il y faisait parler. Il s'en partageait le domaine avec un autre jeune élève de la même école, Hippolyte Fortoul, de Digne, futur professeur de la faculté de Toulouse, futur ministre de l'instruction pubUque et des cultes aux débuts du second Empire.

Sur ces entrefaites, avril 1831, le Saint-Simonisme venait de faire invasion à Lyon. Florissante à Paris, accréditée par le talent de quelques-uns de ses maîtres et de ses adeptes, soutenue par le grand journal universitaire Le Globe, la doctrine saint-simonienne attendait son avènement souverain et défi-

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