LE SAINT-SIMONISME
nitif de la Révolution de Juillet. A Lyon, où le journal des libéraux, Le Précurseur, avait salué sa bienvenue, elle s'autorisait du nom nullement banal de ses émissaires parisiens, Laurent, Jean Reynaud, Pierre Leroux. Ce furent trois mois d'agitation. Parmi les foules, l'étrangeté de leur costume carnavalesque, l'extravagance de leurs prétentions réformistes, avaient attiré autour d'eux, de la part du peuple, plus de curiosité que de sympathie. Mais, d'autre part, le prestige de leurs idées libérales et égalitaires, l'appât que leurs promesses d'émancipation morale présentait aux passions, les perspectives d'un âge d'or qui serait le retour à la loi primordiale de l'humanité, n'étaient pas sans exercer une vive séduction, particulièrement sur l'esprit de la jeunesse cultivée. Enfin, chose effrayante, n'y avait-il pas des esprits même religieux pour qui le Saint-Simonisme n'était qu'un Nouveau et meilleur Christianisme, comme il en prenait le nom?
On s'étonnera avec raison qu'un jeune homme, d'alors dix-sept à dix-huit ans, ait eu la présomption de se jeter à l' encontre de cet engouement et de cet entraînement. Son zèle pour la vérité, son indignation contre le mensonge et le mal, la vue du péril de ses frères, l'honneur de Dieu et de l'Église lui mirent la plume à la main. Il adressa d'abord deux articles de réfutation au Précurseur.
Le très jeune écrivain, comme on va le lire, s'excusait de son audace sur la sincérité de ses convictions, réclamant l'indulgence de ces anciens, dont la place pourtant était, mieux que la sienne, disait-il, marquée au front de bandière :
« Tout pénétré de ces grandes vérités du christianisme, remplies pour moi de consolation et d'espé-
rances, je me sentais pressé de dire ce que mon âme éprouvait. Je sais que ma voix est faible et mon esprit débile. Ce n'est pas d'un jeune homme d'à peine dix-huit ans qu'on a le droit d'attendre une œuvre parfaite. Si donc j'ai failli quelque part, si bien des méprises m'ont échappé, imputez-les non à ma cause mais à ma jeunesse et à son impuissance. Que si toutefois je vous parais avoir soutenu dignement cette première lutte, apprenez de lace que les pères pourraient pour la même cause, quand leurs enfants ne redoutent pas d'entrer en lice. »
Le Précurseur, qui inséra l'article, avait promis d'y répondre : il n'en fît rien. Le Globe^ qui s'y était engagé, se tut pareillement. Mais les articles avaient été beaucoup remarqués, soit à Paris, soit à Lyon. Les amis d'Ozanam le pressèrent de les publier en brochure, en les développant pour les compléter. Ce fut un second travail, fruit de nouvelles études, considérablement amplifié, à ce point même que le cadre y déborde souvent le sujet. C'était l'examen complet, en plusieurs chapitres, de la doctrine Saint- Simonienne exposée sous ses deux aspects, historique et critique, dogmatique et organique. J'en cite la conclusion qui est nette, et d'une main comme d'un esprit singulièrement fermes:
« La doctrine Saint-Simonienne se présentait à nous comme fondée sur le principe de la perfectibilité humaine, comme appuyée sur un système historique que les faits vérifient, comme harmonique aux besoins de l'humanité. Elle s'annonçait comme vraie dans ses dogmes, comme profonde et sainte dans ses origines, comme féconde et bienfaisante dans ses résultats. Et l'histoire la dément, la conscience de l'humanité la réprouve, le sens commun la repousse. Sa