L'EXPOSITION
trop d'objets d'envie et de convoitise pour le pauvre, trop d'appâts aux besoins factices, trop de monotonie et d'uniformité dans ce spectacle mondial ramenant sans cesse des objets semblables sous les yeux. « Pour moi, après avoir vu cet abrégé delà puissance humaine, au bout de soixante siècles tout à l'heure, je me disais : Quoi! l'homme ne peut rien de plus? Le dernier effort de son génie sera de croiser l'or sur la soie, de mêler des fleurs d'émeraudes à des fleurs de diamants? Au sortir, je me réjouissais de voir les gazons verts du parc, les groupes des grands arbres, les moutons qui paissaient au-dessous, et tout ce que l'industrie n'avait pas fait. »
De retour à Dieppe, Ozanam s'y fît le zélateur de la charité de saint Vincent de Paul dans une Conférence qui se souvint longtemps de ses visites et de ses paroles enflammées. Vingt ans après, un boulanger du lieu les redisait encore à la famille d'Ozanam réfugiée à Dieppe, pendant le siège de Paris.
Sceaux, où nous le retrouvons en octobre, ne possédait pas de conférence. Quand Ozanam en eut recruté les éléments, il se trouva que la petite ville suburbaine n'avait pas de pauvres nécessiteux. « Qu'à cela ne tienne, dit-il. L'assistance matérielle du pauvre n'est que la fm secondaire de l'œuvre : la sanctification des âmes en est la fin principale. Nous y travaillerons. » Par les soins de la Conférence, fut établie à Sceaux une florissante confrérie de la Sainte-Vierge parmi les jeunes filles chrétiennes, tandis que^ de leur côté, les confrères se faisaient apôtres auprès des habitants qu'ils ramenaient à la foi et à la pratique religieuse. On n'en sera pas surpris, quand on saura que l'un de ces zélateurs était
FliÉDÉKIC OZANAM. 33
l'illustre et saint Augustin Cauchy, dans lequel Ozanam retrouvait toute la piété comme toute la science qu'il avait vues autrefois réunies chez le grand Ampère .
Ce fut pour lui la plus douce consolation spirituelle des derniers jours de ces vacances finissantes. Les forces ne revenaient guère. Le 23 octobre, il écrivait à Ampère : « Je travaille un peu, mais lentement, difficilement. Je n'écris pas une page pendant que vous, par delà les océans, vous faites cinquante lieues. Pourtant, je trouve quelque douceur dans ce repos même de la campagne, dans ce séjour de Sceaux d'où les feuilles s'en vont ; mais la paix ne s'en va pas. »
Cette paix, c'est tout d'abord en lui-même que ce juste en trouvait la source, dans ces vertus morales, chrétiennes, qui font si belle sa vie intime, vie de famille, vie d'amitié, vie de charité. Nous nous édifierons à la contempler un peu dans une vue d'ensemble, avant de terminer ce livre par le récit d'une agonie de deux années, couronnée par une mort plus belle encore que sa vie, admirable aux hommes et précieuse devant Dieu.