FAMILLE. — RELIGION. — CHARITÉ. — AMITIÉ
De Sceaux, 22 octobre 1851, Ozanam décrivait ainsi à Ampère son bonheur domestique, assombri, il est vrai, par un nuage qui monte, mais derrière lequel il voit et bénit le soleil de la volonté de Dieu : « Je suis dans un état de fatigue qui m'interdit bien des devoirs et bien des plaisirs; mais j'admire l'ordre de la Providence qui ne veut pas nous permettre de nous acclimater sur la terre. J'avais tout fait pour me bien établir dans la vie; et vous y aviez beaucoup aidé. Vous savez si j'ai bien réussi à mettre le bonheur à mon foyer! Dieu n'a pas souffert que je prisse racine dans une existence si commode. Il m'a laissé les joies du cœur et m'envoie les peines de santé : je le bénis de ce partage. Cependant je le prie d'abréger l'épreuve, et je me soigne de mon mieux, ou plutôt je me laisse soigner par quelques personnes qui me veulent du bien... »
Quelques mois après, 16 février, dans une lettre à M. Dufieux, la plainte douloureuse est édulcorée par le sentiment général du bonheur des siens. II vou-
drait que son ami pût en être témoin : « Outre la place que vous avez dans mes prières de chaque jour, je voudrais vous en voir prendre une au coin de la cheminée, comme vous m'en aviez donné l'espoir. Vous auriez trouvé mon intérieur plus heureux que jamais, parce que la santé y est revenue. Je suis le plus malade de la maison, bien que je puisse, non sans fatigue, faire à peu près mou cours. Il faut remercier Dieu de tant de biens, et se résigner aux peines qu'il y mêle. L'une des plus grandes est d'avoir beaucoup étudié, de se persuader qu'on a des idées et de ne pouvoir les produire... Mon ami, que la divine Providence vous conserve ce bonheur domestique qui console de tous les maux ! Donnez-moi la main, afin que je vous la serre avec la chaleur d'un vieil ami. » Et le vieil ami montrait « sa petite Marie qui jouait au jardin et dont la voix joyeuse arrivait à lui, tandis qu'Amélie, assise à côté, le réjouissait par son bon visage ». Le père entourait l'enfant des attentions les plus charmantes, n'oubliant rien de ce qui pouvait la divertir, et déjà faisant descendre sur elle ce qu'il avait de poésie dans l'esprit, comme de tendresse dansle cœur. C'est ainsi qu'un jour de juillet, la petite Marie s'étant trouvée indisposée par la chaleur du grand soleil, il lui apporta un petit éventail sur lequel il avait écrit ;
Prends-le pour remplacer les deux ailes légères Que portent dans le ciel les chérubins tes frères Et qui te défendraient des ardeurs du soleil, Ou te rafraîchiraient d'un mouvement pareil. Mais, lorsque Dieu te fit, petit ange sur terre, Pour essuyer les pleurs dans les yeux de ta mère, Je demandai pour toi tous les dons précieux Dont l'Esprit-Saint revêt les anges dans les cieux : Pour toi je demandai leurs grâces immortelles, Leur foi, leur pureté, tout — excepté leurs ailes —