‹ Frédéric OzanamChapitre 262 sur 344 · LA FAMILLE. L'ENFANT · texte numérisé non relu

LA FAMILLE. L'ENFANT

De peur qu'il ne te vînt quelque jour le désir De retourner là-haut sans nous, et de t'enfuir.

Nous entendrons bientôt, en l'honneur de la mère, une poésie d'un sentiment plus élevé et d'un charme plus céleste encore.

Entre la mère et l'enfant les lettres d'Ozanam nous font apparaître la figure triste et douce de M™" Soulacroix, la grand'mère. Elle est enveloppée du double deuil de son mari et de son fils. Ozanam les pleure avec elle : « Ma mère bien-aimée, vous m'êtes devenue, dans cette affliction, plus respectable et plus chère que jamais, depuis que je vous contemple la tête couronnée d'épines. » — Après la mort de Théophile : « Mon vœu le plus cher serait de pouvoir combler le triste vide qui vous dé sole... Ne suis-je pas un fils? Je le suis plus que vous ne pouvez croire, plus que je ne puis dire. Mais que n'ai-je les vertus, le courage, l'humilité, la sainteté de celui qui n'est plus! » Il avait insisté pour la faire venir à Rome, près de sa fille et de lui, après cette perte cruelle: « Ce ne sera pas faire infidélité à sa mémoire que de vous joindre à nous sous ces voûtes saintes et recevoir ici la bénédiction du bon pape qui l'a béni dans sa souffrance. » Après la mort du père, c'est Ozanam qui le supplée dans le soin des intérêts de la famille. Puis, c'est de sa femme et de lui et de son enfant qu'il écrit : « Chère mère, nous nous efforcerons d'adoucir votre exil en vous donnant, sinon des jours, du moins des heures de consolation, quand vous verrez combien tous nous vous aimons, et quand votre petite Marie, déjà plus capable de comprendre votre tendresse, vous pressera de ses caresses, et couvrira de ses baisers les traces de vos pleurs. »

De ce foyer la religion faisait un sanctuaire. Ozanam

était un homme de prière : toutes ses lettres respirent cet encens. Ses rendez-vous avec ses amis étaient dans la prière, celle qu'il leur demandait, celle quil leur promettait. La communion, devenue de plus en plus fréquente, était de tous les dimanches et fêtes. Il avait l'habitude de donner chaque matin, dès son réveil, une demi-heure à la lecture d'an chapitre des Livres saints, marquant ensuite les passages qui l'avaient frappé davantage, afin de pouvoir y revenir et reposer sa pensée dans la journée. Il appelait cela son « pain quotidien ». C'était le plus ordinairement FÉvangile qui le lui fournissait. Il le lisait dans le texte grec, se remplissant des paroles et des vertus de Jésus-Christ. Sa journée devait en être la traduction en actes. Il n'entendait pas la piété autrement que par l'imitation amoureuse de Notre- Seigneur et l'accomplissement fidèle de sa Loi.

Sa vie était éclairée par des vues surnaturelles très hautes. On lit dans ses lettres : « C'est un regard tourné vers le ciel qui nous fera trouver la lumière et la fermeté qu'il nous faut pour les devoirs et pour les besoins de la terre. Le meilleur moyen de bien juger les affaires de la vie, et d'y porter le calme et le désintéressement, est de les considérer de haut et comme des intérêts étrangers. C'est là-haut qu'est la réalité de la vie. Ici qu'aurions-nous sans les œuvres qui nous suivent, et Dieu qui nous visite? »

Cette visite de Dieu dans la communion le jetait dans des transports de foi qui lui faisaient écrire : « Quand toute la terre aurait abjuré le Christ, il y a dans l'inexprimable douceur de la communion, et dans les larmes qu'elle fait répandre, une puissance de conviction qui me ferait embrasser la croix et défier l'incrédulité de toute la terre. »

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