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LES AMIS

dans une si grande épreuve. « Car enfin, mon cher ami, il est certain de foi que les familles chrétiennes, que le mariage, la paternité, toutes ces choses saintes, ne sont faites après tout que pour peupler le ciel. Vous aviez déjà en paradis une sainte qui est votre mère , vous y aurez maintenant un ange qui est votre fille. Entre elles deux, elles vous garderont votre place ; et si vous trouvez que vous avez trop à attendre pour aller les rejoindre, pensez que trente ans sont bientôt passés : nous savons maintenant, vous et moi, ce qui en est. » Suivent trois pages pleines de ces sentiments tout célestes.

Nous avons quatre-vingts lettres à Lallier, toutes de ce caractère, où le divin et Thumain se fondent harmonieusement. En 1848, Lallier, lui aussi, s'est présenté à la députation dans l'Yonne, comme Ozanam dans le Rhône. Leurs professions de foi sont les mêmes : « Je retrouve dans votre circulaire tous mes sentiments et toutes mes pensées : la République dont je ne veux pas, et celle que je veux. »

Trois ans après, la question se pose pour Lallier de savoir s'il doit rester à Sens, ou postuler un poste judiciaire à Paris, où son jeune fils allait commencer ses études? Une lettre d'Ozanam répond que la considération qui doit primer toutes les autres n'est pas celle de l'intérêt, de l'avancement, de l'amitié, mais celle du meilleur service de Dieu, de l'Église, des œuvres. Lallier demeura à Sens.

Lallier est le parrain de l'enfant d'Ozanam : « Priez pour votre filleule, sans oublier son père et sa mère. Un lien sacré nous unit désormais devant Dieu et devant les hommes. » En retour, le fils de Lallier, placé à Paris dans la pension Poiloup, devient le familier de la maison d'Ozanam, où on le retrouve dans

cette lettre du 14 avril 1852 : « Aujourd'hui, mercredi de Pâques, nous avons votre Henri qui sort après une longue captivité de carême. Il grandit en taille et en sagesse; toujours très doux, très complaisant avec petite Marie dont il ne dédaigne pas de partager les jeux. Nous allons les conduire tout à l'heure aux Champs-Elysées, par le plus beau temps du monde; et, si nous trouvons Polichinelle, ces chers enfants auront touché le faite des plaisirs terrestres. »

Entre Ozanam et Janmot l'antique lien était le souvenir de leur première communion et des leçons de l'abbé Noirot. Ozanam lui écrit, octobre 1849 : « Après tant d'années de séparation, l'unanimité de nos sentiments nous fait nous retrouver aussi amis que jamais. Je ne t'ai point dit assez combien j'ai joui des trop courts moments que tu nous donnas à Versailles. Le temps de l'absence ne comptait plus; et nos promenades du Parc se rejoignaient à nos promenades de Lyon, et aux longues heures passées ensemble à l'issue de la messe du prône. Hélas ! il y en a si peu de nos camarades de première communion, de nos condisciples de collège, qui soient restés dans la même voie ! »

Le peintre Janmot a conçu le grandiose projet d'une œuvre d'art spiritualiste qu'il intitulera : Le poème de l'âme. Il a initié à son dessein l'ami qui lui répond : « Ce sera l'œuvre de ta vie. Je te vois au milieu de cette belle conception, dont chaque année voudra réaliser une partie jusqu'à ce que tu puisses la déployer tout entière et l'offrir à la bénédiction de Dieu et à Finstruction des hommes. Puisse la même grâce qui t'en inspira l'idée te conserver la force et la mener jusqu'au bout! »

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