LE CONSOLATEUR
juillet 1851, une grande douleur fondit sur Ernest qui perdit dans son père « l'homme dont l'exemple avait été la lumière et l'honneur de sa vie ». Une lettre de Frédéric accourut alors à lui, chargée de souvenirs d'enfance, d'amitié et d'espérance chrétienne. (( Cher ami, renouons la chaîne, entre nous et avec ceux que nous avons perdus... Je ne connais qu'une consolation digne de ces grandes douleurs : c'est que Dieu nous a repris ce qu'il nous avait donné. Mais en les rappelant ainsi l'un après l'autre, il nous force bien de prendre avec eux le chemin du ciel. Bénies soient nos saintes mères qui les premières nous en ont enseigné le chemin! Quand, tout petits, elles nous apprenaient à croire, à espérer et à aimer, elles posaient, sans y penser, les degrés par où nous remontons jusqu'à elles, maintenant que nous les avons perdues. Heureux ceux qui savent vivre avec les morts! C'est souvent le meilleur moyen de remplir ses devoirs envers les vivants. »
C'est parce qu'il n'y a pas d'autre consolation que celle-là que nous la retrouvons encore dans les condoléances d'Ozanam à un de ses disciples d'autrefois, M. Félix Nourisson, le philosophe chrétien qui, professeur à Stanislas, occupera plus tard une chaire au Collège de France. Il vient de perdre son père, et Ozanain lui écrit, 2 avril 1851 : « Mon ami, considérez que celui qui vous frappe est aussi un père !... » Et, en finissant : « Que Notre-Seigneur crucifié vous assiste ! Lui aussi, sur la croix, a voulu paraître séparé de son Père, quand il lui cria : Mon Père, pourquoi m'avez-vous abandonné? Il comprend aussi le cri de votre affliction ; il vous bénit parce que vous êtes bon et malheureux. A ces deux titres vous êtes puissant auprès de lui : priez pour moi ! »
M. Dufieux est un de ces chers Lyonnais, desquels Ozanam écrit : « Ne croyez pas que je m'accoutume à me passer des amis de Lyon, des vieux amis, des vrais amis. Rien ne les remplace, pas même les bonnes et affectueuses liaisons que j'ai pu former à Paris. » Et il fait mémoire des jours où Dufieux l'introduisait auprès de Lamartine, à Saint-Point : « N'est-ce pas la première date de notre amitié? ^) Aujourd'hui il le presse de venir le voir à Paris : « Venez; rien ne vaut pour moi une heure passée avec vous sous ces belles allées du Luxembourg, qui sont à ma porte. Là nous pourrons parler de vous d'abord, de vos enfants, de vos santés, de vos peines, de vos espérances. » Il lui parlera aussi de ses chagrins, car Dufieux a passé par le creuset de la souffrance. Ozanam l'admire d'en être sorti plus fort, et surtout meilleur, faisant déborder au dehors ce flot d'afflictions en un fleuve d'intarissables bonnes œuvres. « Partagez avec moi cette richesse de charité, en offrant pour moi au Seigneur une partie des saintes choses que vous faites. Je sais que de vos souffrances aucune n'est perdue, puisque vous savez en faire la couronne de l'autre vie. Voici en quoi je devrais vous imiter, car je ne sais pas encore souffrir : priez pour moi. »
Il faut que ses amis évitent de lai donner des louanges qui blessent la vérité. C'est de l'aveuglement : « Sans doute, écrit Ozanam, je le savais, l'amitié a la moitié du bandeau de l'amour; mais vous y voyez encore trop, et vous avez trop d'esprit pour ne pas apercevoir tout ce qui me manque. » Bien plutôt lesamisse doivent-ils une courageuse franchise : « Sans franchise, point d'amitié. Soyez donc persuadé que vous me rendrez toujours service en vous déchargeant le cœur avec moi. Car de deux choses l'une : ou vos