LE ZÈLE. M. AMPÈRE
VOUS fussiez ainsi obligé de me répondre. Si je vous l'écris maintenant, c'est que, si mon épanchement est indiscret, les vagues qui vous poussent en Amérique en emporteront la mémoire. Et, quand nous nous re verrons dans six mois, ma lettre sera oubliée, et rien de ce qui vous y aura déplu ne pourra refroidir la joie du retour.
« Cher ami, vous vous engagez dans de longues fatigues qui ne sont pas sans péril pour votre santé : souffrez donc mes inquiétudes. Vous cherchez, me disiez-vous, de nouveaux intérêts qui puissent attacher votre esprit; et vous faites pour cela la moitié du tour du monde! Cependant il existe un intérêt souverain, un Bien capable d'attacher et de remplir votre grand cœur; et je crains, cher ami, je crains peutêtre à tort, que vous n'y songiez pas assez? Vous êtes chrétien par les entrailles, par le sang de votre incomparable père; vous remplissez tous les devoirs du christianisme envers les hommes, mais ne faut-il pas les remplir envers Dieu? Ne faut-il pas le servir; vivre dans un continuel commerce avec lui? Ne trouveriezvous pas dans ce service des consolations iDfînies?N'y trouveriez-vous pas la sécurité de l'éternité? »
Le sujet était abordé, la conscience éveillée. La lettre continue : « Vous m'avez plus d'une fois laissé pressentir que ces pensées n'étaient pas éloignées de votrecœur. L'étude vousa fait connaître tant de grands chrétiens ; vous avez vu autour de vous tant d'hommes éminents finir chrétiennement leur vie ! Ces exemples vous sollicitent, mais les difficultés de la foi vous arrêtent. Cependant, cher et excellent ami, je n'ai jamais causé de ces difficultés avec vous, parce que vous avez infiniment plus de savoir et d'esprit que moi.
« Mais laissez-moi vous le dire ; il n'y a que deux écoles : la philosophie et la religion! La philosophie a des clartés. Elle a connu Dieu, mais elle ne l'aime pas ; mais elle n'a jamais fait couler une de ces larmes d'amour qu'un catholique trouve dans la communion, et dont l'incomparable douceur vaudrait à elle seule le sacrifice de toute la vie. Si moi, faible et mauvais, je connais cette douceur, que sera-ce de vous dont le caractère est si élevé et le cœur si bon! Vous trouveriez là l'évidence intérieure devant laquelle s'évanouissent tous les doutes. La foi est un acte de vertu,, par conséquent un acte de volonté. Il faut vouloir un jour, il faut donner son âme, et alors Dieu donne la plénitude de la lumière. »
Puis finalement cette simple phrase, ce cri d'effroi qui laisse redouter plus de choses qu'il n'en ose exprimer : « Ah! mon ami, si quelque jour, dans une ville d'Amérique, vous étiez malade, sans un ami à votre chevet, souvenez-vous qu'aujourd'hui il n'est plus aux États-Unis un lieu de quelque importance où l'amour de Jésus-Christ n'ait conduit un prêtre, pour y consoler le voyageur catholique... »
La réponse ne se fît pas attendre ; le surlendemain, Ozanam recevait d'Angleterre la lettre suivante : « Cher et excellent ami. Je ne veux pas perdre une minute pour vous remercier de votre lettre. Vous, m'offenser? Eh, mon Dieu, vous ne seriez pas mon ami si vous n'aviez pas tout cela dans le cœur. Je le savaisbien, quand vous ne me l'auriez pas dit. Permettez-moi de ne pas vous répondre, et croyez que le spectacle de l'orthodoxie catholique dans une intelligence comme la vôtre, est pour moi une prédication plus éloquente que toutes les paroles... »
Puis en post-scriptum : « J'ai trouvé hier dans la