‹ Frédéric OzanamChapitre 277 sur 344 · L'EXPOSÉ DE LA FOI · texte numérisé non relu

L'EXPOSÉ DE LA FOI

ans, il est temps de vous décider. Rendez-vous à ce Sauveur qui vous sollicite. Livrez- vous à sa foi comme s'y sont livrés nos amis ; vous y trouverez la paix. Vos doutes se dissiperont, comme se sont dissipés les miens. Il vous manque si peu pour être un excellent chrétien ; il vous manque seulement un acte de volonté : croire, c'est vouloir. Veuillez un jour; veuillez aux pieds du prêtre qui fera descendre la sanction du ciel sur votre volonté chancelante. Ayez ce courage, cher ami! Ayez cette foi. Veuillez votre salut, soyez chrétien, soyez heureux : c'est le vœu de votre ami! »

Ce vceu fut exaucé, m'assiire-t-on. Comment résister à la prière pressante d'un cœur près de se briser, tel que celui qui, ici même, vient de faire entendre cet Adieu : « Je suis si peu rétabli qu'on va me faire partir pour les eaux des Pyrénées. Ensuite je passerai l'automne au bord de la mer, puis peut-être l'hiver dans le Midi... »

Trois semaines après cette lettre, 16 juillet, dès que «on état le permit, Ozanam quitta Paris, non certes sans regret : « C'est un grand malheur pour moi, témoigne-t-il, de voir ainsi mes travaux suspendus, ma carrière interrompue, au moment où j'avais à poursuivre une candidature académique. Mais il faut savoir faire ces sacrifices quand la Providence les exige, et lui demander d'accomplir sa volonté comme elle est accomplie dans le ciel. »

Le voyage de Paris aux Eaux-Bonnes se fit à petites journées, en dix jours. Ozanam s'arrêta avec un religieux intérêt à Orléans, Tours, Poitiers. II vit ensuite le Midi, de Bordeaux à Pau, et dans chaque ville, il ne manqua pas de visiter les Conférences de Saint- Vincent de Paul.

62S LES PYRÉNÉES; BAYOïNNE.

Ce fut aussi l'établissement d'une conférence aux Eaux- Bonnes qui fut sa principale préoccupation, durant ce mois de séjour. Elle devait être, dans sa pensée, le point de ralliement pour les confrères de partout, en traitement dans ce lieu. Parallèlement, il amorça et mena activement l'entreprise par souscriptions d'un hApital destiné à recevoir les malades pauvres qu'y amènerait la même nécessité. Chaque conférence locale se chargerait des frais du voyage de ses assistés, tandis qu'aux Eaux-Bonnes, les malades riches ou aisés prendraient l'entretien de ces arrivants à la charge de leur charité fraternelle.

« Me voici donc aux Eaux-Bonnes, écrit-il en arrivant à M. de La Villemarqué, me voici perdu entre deux montagnes, épuisant à grands verres la source sulfureuse. Franchement, cher ami, j'aimerais mieux votre cidre. Puis je grimpe, à la suite des chèvres, sur les rochers d'alentour pour digérer ce breuvage qui indigne mes entrailles. Je mène avec moi tout mon clan; et, quand nous aurons décampé de ces hauteurs, nous irons prendre les bains de mer à Biarritz. Puis on m'exile dans le Midi pour tout l'hiver. »

Dans une autre lettre, il décrit le charme grandiose de ce versant des Pyrénées : « On ne se lasse pas d'admirer la beauté de la lumière qui dore les rochers, la courbe élégante des croupes ; surtout les eaux qui jaillissent de toutes parts, chantantes et limpides. Les Alpes mêmes n'ont peut-être rien de comparable au Cirque de Gavarnie. Figurez-vous, non pas un cirque, mais plutôt une abside de cathédrale, haute de dixhuit cents pieds, couronnée de neiges, sillonnée de cascades dont la blanche écume se détache sur des rochers de la plus chaude couleur ; les murs en sont

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