AMITIÉS ET ADIEUX
qui eotourent les Eaux-Bonnes. C'était souvent La promenade horizontale. Là, nous allions chercher le calme du soir. Nous la quittions, quand le soleil, abandonnant les cimes empourprées du pic du Gers, laissait monter vers nous les fraîches vapeurs de la vallée de Laruns. Lorsque au dernier détour de la. promenade nous apercevions les toits des Eaux-Bonnes, il était nuit. Les montagnes se découpaient en arêtes vives et sombres sur un ciel encore clair; la lune, se dégageant des sapins des hautes roches, s'élevait silencieuse ; et des souffles, réguliers comme la respiration d'un enfant qui s'endort, inclinaient doucement les bois. A cette heure, en ce bel endroit, nos âmes montaient naturellement vers Dieu ; nous causions encore, mais de longs intervalles de silence nous avertissaient que c'était plutôt Theure de prier : profonde prière, non articulée par des mots, et qui consiste seulement à se taire devant Dieu! 0 Seigneur, ô mon maître ! je vous remercie de m'avoir donné ces heures!... »
Quand, sa saison terminée, l'abbé Perreyve fut appelé à Paris, Ozanam voulut raccompagner jusqu'à Bayonne : « Cette heure de voiture, écrit le jeune prêtre, fut la dernière que j'aie passée sur la terre avec lui. Dieu permit qu'il en eût le pressentiment. Il m'entretint durant la route de choses graves, relatives soit à lui, soit à moi, soit aux affaires de l'Église, et aux espérances et aux craintes que donnait l'avenir. Il me parlait comme ne devant plus le faire, et moi je l'écoutais religieusement.
c( Quand nous eûmes rejoint la grande route d'Espagne, et que les tours de la cathédrale de Bayonne commencèrent à paraître, il changea de langage; me dit qu'il se sentait frappé à mort, et que sans