‹ Frédéric OzanamChapitre 280 sur 344 · L'ABBE PERREYVE · texte numérisé non relu

L'ABBE PERREYVE

doute nous ne nous reverrions plus. J'avais toutes ses craintes, mais avec plus d'espoir, c'est-à-dire plus d'illusions, et je combattis de bonne foi ses tristes pensées. Mais il s'y tint; me parla de sa mort prochaine avec une assurance qui l'emporta sur tous mes motifs d'espoir. Et, quand la voiture s'arrêta devant la diligence qui devait me ramener à Paris, il me serra la maiu longtemps. Nous descendîmes : c'était le moment de me séparer de lui. Il m'embrassa fortement. Il médisait : «Henri, dites-moi bien adieu! r. J'avais le cœur déchiré, mais pas une larme. Je le suivis des yeux, autant que cette consolation fut possible ; un détour de la rue rompit brusquement le dernier fil; et je ne le revis plus. »

L'abbé Mermillod, de même âge que l'abbé Perreyve, était alors dans la fleur de son beau talent, de sa séduction et déjà de sa renommée. Il venait de paraître pour la première fois dans les chaires cathédrales de France, pour y intéresser la charité en faveur de la construction de l'église de l'Immaculée Conception à Genève. Or, le principal promoteur de cette entreprise, avec lui, était à Genève le D' Dufresne, président de la Conférence genevoise de Saint- Vincent de Paul, et gendre de M. Foisset. Lui aussi, le jeune vicaire, venait se refaire aux Eaux -Bonnes, des fatigues de ses prédications à Paris et ailleurs. Il n'a pas laissé par écrit le souvenir de ses entretiens cœur à cœur avec M. Ozanam. Mais une lettre inédite d'Ozanamà cet ami évoque le souvenir d'une promenade faite au Pont d'Espagne avec lui, comme « d'une des plus aimables impressions qu'il ait emportées des Pyrénées » . Puis voici tout entière cette âme humiliée , éprouvée, mais patiente, soumise, généreuse : « Priez pourmoi,Monsieuret tendre ami, caria maladie ne fait

pas de bien à mon âme : elle me rend plus que jamais irritable, égoïste, préoccupé de moi-même. J'accepte la souffrance, si elle doit me sanctifier; mais alors que Dieu fasse qu'elle me sanctifie! »

Ces religieuses dispositions ont un accent plus chrétien encore dans cette lettre du 14 septembre à M. l'abbé Maret : « Jusqu'ici, sans doute. Dieu a voi^lu me sauver, et m'accorder quelques jours de plus pour devenir meilleur : qu'il en soit béni ! Mais son dessein est-il de me rendre la santé, ou de me faire expier mes péchés par de longues souffrances : qu'il en soit encore béni ! Alors qu'il me donne le courage, qu'il m'envoie la douleur qui purifie; et, s'il faut porter une croix, que ce soit celle du bon larron. Continuez donc. Monsieur, de me faire une bonne place dans vos souvenirs devant Dieu, comme on donne au malade la meilleure place au coin du feu. Il ne la mérite pas, mais il en a besoin. »

C'est de Biarritz que ces lettres sont écrites. A mon grand regret je dois renoncer à reproduire ici les descriptions qu'Ozanam donne de tout ce rivage, et celle en particulier de Biarritz, « un des plus jolis pays du monde ». Mais il n'en jouit pas sans remords, condamné qu'il est à y perdre tant de mois dans le désœuvrement, à une époque de la vie où il ne faudrait pas perdre un jour. « Sans doute mon cœur trouve bien son occupation, mais c'est mon esprit qui en manque. Et, lorsque j'arrive au bout de la journée n'ayant rien fait, cette oisiveté me pèse comme un remords, et il me semble que je ne mérite ni le pain que je mange, ni le lit où je me couche. »

Biarritz lui fit du bien. Ozanam l'attribuait en partie à la visite de son frère Charles, qui, s'arra-

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