LES PÉNITENTES BERNARDINES
Ozanam trouvait à Rayonne une conférence très llorissante, bien pénétrée du premier esprit de la Société, infatigable aux bonnes œuvres. Le président en était le D"" Franchisteguy qui devint pour Ozanam un ami des derniers jours, celui auquel on l'entendra dire alors : « Quand je pense qu'il y a sept mois vous ne me connaissiez point, et que vous prodiguez ainsi à un nouveau venu le meilleur de votre cœur, je ne vois que la charité chrétienne capable de faire ces merveilles. »
Ailleurs Ozanam se félicite de vivre au milieu de populations chrétiennes qui lui donnent la joie de voir que la foi n'est pas éteinte en France. Une de ces visions d'édification fut la visite qu'il fit de la communauté des Pénitentes Bernardines, « établie depuis peu dans les Landes, au bord de l'Océan, à deux lieues environ de Rayonne, au sein d'un immense désert de sables où les dunes se succèdent comme les vagues, mobiles comme elles. Or, au milieu de ce désert, surgit tout à coup l'apparition d'une oasis, telle que celle de la Thébaïde dans la Haute-Egypte, deux rangées de cabanes de paille et de roseaux, au centre une chapelle de chaume ; et, tout autour, des cultures diverses : mais, pommes de terre, garance, ricin, etc., qu'un rideau de peupliers garantit contre le vent de mer et l'envahissement des sables. C'est tout à la fois l'ouvrage et l'habitation des héroïques repenties^ ». L'histoire de leur récente communauté en est encore plus surna-
1. D' Ozanam, Le pays des Landes, une Thébaïde en France, br. in-8% 1857. — Voir aussi la Vie de l'abbé Cestac, le fondateur, par Mk-^ Puyol. — J'eus le bonheur d'entendre le très émouvant et édifiant récit de ces origines, et de ces vies pénitentes de la bouche du saint abbé Cestac, que je rencontrai à Buglosse, en 1862.
turellement merveilleuse que le spectacle. Le jeune D' Ozanam en fit le récit et le tableau. « Quant à Frédéric, est-il écrit, « sa piété, son cœur si sensible à toutes lesimpressions m orales, en reçurent de si douces émotions, que sa santé elle-même en ressentit un sensible bienfait » .
Être si près de l'Espagne et n'y pas mettre le pied lui était un supplice, et une tentation. Un jour qu'il était mieux, emmenant avec lui sa femme et son frère, il s'écbappa jusqu'à Fontarabie, Irun, Saint-Sébastien pour rentrer aussitôt, avec la gloire d'avoir passé vingt-huit heures sur le territoire espagnol . C'était le 22 octobre, avec une température de juillet. M. Eugène Rendu en reçut le récit. On y remarque la mention qu'il fait de la piété des gens. « Le bon peuple espagnol prie très pieusement. Je ne lui trouve rien de froid ni de fantastique; et, dimanche, à la messe, nous avons vu communier beaucoup de personnes, des jeunes geus surtout à la mine virile, à la belle ceinture rouge, avec tout le recueillement que vous trouveriez à Notre-Dame et à Saint-Sulpice. » Et Ozanam en tire la raison d'espérer dans l'assistance « du Dieu des ruines et des résurrections ».
Cette échappée en Espagne le fatigua beaucoup, mais sans le guérir du désir croissant d'un vrai voyage dans l'Espagne des grands souvenirs. Après quelques semaines d'un repos forcé, il se reprit donc au beau rêve qui avait été autrefois celui de nos pères : le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle. « Que de fois, écrivait-il à M. Eugène Rendu, que de fois, au coin du feu, avec M™® Ozanam, tout en retournant un tison à demi brûlé, je m'embarquai pour la Terre Sainte ! Mes vœux atteignaient d'une part les colonnes d'Hercule, et d'un autre côté les plages de la Palestine.