VERS L'ITALIE
quents, d'une dilatation reconnue au cœur et traitée par la digitale : « Enfin j'espère que cette petite épreuve ne se prolongera pas; et que le bon Dieu me l'aura envoyée pour mes étrennes, à ce renouvellenaent de l'année, pour me faire lui dire : « Volo quomodo vis, volo quandiu vis! »
De Toulon à Nice, la douceur de voir, de contempler, d'admirer, de sentir, de bénir, lui fut un baume, écrit-il. « Une voiture particulière nous a menés coucher à Cannes, et le lendemain à Nice, en passant par Fréjus, les montagnes de TEsterel, Antibes : c'est à dire par une route enchanteresse, bordée d'oliviers, d'orangers tout couverts de leurs fruits d'or, sans parler des palmiers qui se balancent de loin en loin sur quelque ruine romaine, à la porte d'une chapelle ou auprès de quelque villa moderne.
«Tout ceci est admirable, mais ne paraît plus rien lorsque, en arrivant près d'Antibes, on voit se déployer tout à coup le rideau des Alpes maritimes qui ferment l'horizon, le front couvert de neige, le pied dans une mer étincelante. C'est alors seulement que les Pyrénées et la côte de Biscaye sont vaincues. Toute la création est là, avec la majesté des glaciers et l'opulence des régions tropicales : les oliviers en forêt, les lauriers-roses dans le lit desséché des ruisseaux, les aloès et les nopals comme en Sicile ; et des bouquets de palmiers dressant un feuillage altier digne d'orner aux Rameaux le triomphe du Roi des rois. »
Le souvenir familial a de joyeux relais, échelonnés sur la route. Ozanam écrit : « De tous les fruits qu'on trouve en Provence, les meilleurs ce sont les cousins et les cousines. Amélie a trouvé tous les siens à Marseille. » A Toulon encore une phalange de
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Magagnos. Enfin, « à Cannes, un vieux cousin, presque aveugle, M. Goste, ce parent si clier à notre bonne mère, chez qui nous avons festoyé le nouvel an. Décidément, mes amis, j'abandonne à son malheureux sort cette année 1852 qui nous avait séparés, et je bénis 1853 qui nous rapprochera. »
Après le souvenir de sa mère, celui de son père : « Demain à quatre heures du matin, départ de Nice pour Gênes, par cet admirable chemin de la Corniche. Ah! que tout ce pays me rappelle notre pauvre père! Qu'il en parlait souvent! C'était le théâtre de ses premières campagnes, et il avait fait bien des fois le coup de feu contre les montagnards piémontais. Je pense beaucoup à Lui, et à vous avec lui. «
De Gènes à Livourne, la traversée sur la Marie- Antoinette fut horrible. Le débarquement sous une pluie battante acheva de tremper les passagers jusqu'aux os. Le 10 janvier, Ozanam arrivait enfin à Pise, enrhumé, fatigué, mais valide encore, saluant l'Italie, et monté à l'espérance.
C'est à la cathédrale qu'il se rendit tout d'abord : « Après un mois de voyages, de fatigues et de bien courts repos, écrit-il en France, je ne vous donne pas votre ami pour un Hercule ; il a eu ses petites misères. Mais le voici au port, j'espère, et il en faut bien remercier Dieu. C'est ce que nous avons fait, en arrivant, dans cette admirable cathédrale de Pise toute rayonnante de foi, de beauté et d'amour. «