‹ Frédéric OzanamChapitre 288 sur 344 · FLORENCE, SA CONFERENCE · texte numérisé non relu

FLORENCE, SA CONFERENCE

laquelle ne saurait être autorisée que si certains membres, qu'elle lui désignait nommément, cessaient d'en faire partie. Ozanam, respectueusement, exposa l'origine et l'esprit de la société; l'exclusion formelle que son règlement donnait à la politique, son devoir d'accueillir indistinctement quiconque se présentait, pourvu qu'il fût honorable et chrétien. Sa parole était chaleureuse, plutôt animée qu'abattue par la fièvre. La Grande-Duchesse écouta attentive et émue. Elle remercia, sans rien répondre. Mais, quelques jours après, la conférence de Florence, et avec elle Pise et Livourne, recevaient l'autorisation officielle du gouvernement.

Une réunion solennelle de la conférence, fixée au 30 janvier, devait promulguer et inaugurer ce nouvel état de choses. Une lettre d'Ozanam à Lallier en rend compte fidèlement, mais modestement, sans mention aucune de sa visite à Son Altesse et du résultat obtenu : « Dans cette capitale du Joséphisme, écrit-il, un jeune et pieux chanoine, dont la mère est dame d'honneur de la grande-duchesse, met tout son zèle à propager notre association. J'ai eu la consolation d'assister à une de leurs séances, comme j'avais visité en d'autres temps nos confrères de Londres et de Burgos. Des larmes de joie me viennent aux yeux, quand je retrouve à ces distances notre petite famille toujours petite par l'obscurité de ses œuvres, mais grande par la bénédiction de Dieu. Les langues diffèrent, mais c'est toujours le même serrement de main, la même cordialité fraternelle ; et nous pouvons nous reconnaître au même signe que les premiers chrétiens : « Voyez comme ils s'aiment ! »

Il leur parla en italien: son discours en cette langue •€t la nôtre est imprimé dans ses œuvres. Ce qu'on

y voit, après la joie de se retrouver en famille, là, en Toscane, comme en Angleterre et comme en Castille, c'estle besoin défaire connaître que, s'il est viceprésident du conseil général, ce n'est point par l'effet de son mérite personnel. Il n'y a d'autre titre que son ancienneté dans cette société dont il raconte les modestes débuts, et dont il admire la merveilleuse extension. « Au lieu de huit, à Paris seulement elle compte 2.000 membres, visite environ 20.000 assistés. Elle possède dans la seule France 500 conférences, outre celles qu'elle a en Angleterre, en Espagne, en Amérique et jusqu'à Jérusalem. » Il disait le but de l'œuvre : œuvre de charité spirituelle plus que corporelle, particulièrement appropriée aux besoins de l'heure présente et à l'état politique actuel de l'Italie. Enfin l'esprit de l'œuvre : esprit d'humilité, de charité et de paix. Tel est bien aussi l'esprit de ce petit discours d'une simplicité évangélique. Il se termine ainsi : « Je vais bientôt retourner pour quelque temps à Pise, oùj'ai, comme ici, d'autres frères en saint Vincent de Paul. Mais, dans quelques mois, avant de regagner ma patrie, j'espère vous revoir encore et m'édifier de cette fraternité chrétienne qui m'a préparé parmi vous un si chaleureux et si doux accueil. J'en emporterai dans mon cœur le souvenir impérissable, et j'attesterai devant nos confrères de Paris que, sous le beau ciel d'Italie, l'arbre de Saint- Vincent de Paul a déjà poussé des rameaux dignes de figurer auprès de ses branches les plus florissantes. »

L'hisloire de cette séance et de ce discours eut son épilogue. Grand fut l'étonnement de l'orateur, lorsque le lendemain il se lut reproduit tout au long dans les journaux catholiques du lieu. Il en fut très con-

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