FLORENCE, SA CONFÉRENCE
trarié : « C'est entièrement opposé aux habitudes comme à l'esprit de la Société, laquelle ne fait du bien qu'en ne faisant pas de bruit. » Ozanam déclara même que s'il avait pu prévoir cette publicité, il n'eût pas parlé. Peu après, ayant été prié de prendre de nouveau la parole, il n'y consentit qu'après la promesse expresse que cette indiscrétion ne se renouvellerait point. Le lendemain pourtant, quelques membres influents vinrent le supplier de les relever de leur parole : il résista trois jours, et ne céda qu'à la demande de son confesseur, lequel l'assura que son discours amènerait probablement une fondation à Lorette. Il permit d'en tirer cent exemplaires. On en tira douze cents : seconde trahison, que l'orateur ne pardonna tout à fait que lorsqu'il en vit l'heureux résultat dans la fondation de conférences à Macerata, à Porto Ferraio, et jusqu'en Sardaigne, où le discours du « célèbre professeur français produisit un grand effet » .
Mais il n'en fallait pas tant pour abattre les forces déjà fort ébranlées du conférencier. Quelques jours après, je lis de lui à M. Foisset : « Je ne vaux guère en santé; c'est pourquoi j'ai prié, et j'ai mis tous mes amis en prières, afin qu'il plût au ciel de me délivrer. Tant de vœux ne pouvaient pas rester inexaucés; mais il parait aussi que mes péchés ne pouvaient pas demeurer impunis. Depuis mon départ de France, la fatigue d'un long voyage a ébranlé mes forces; et je suis ici souffreteux, chancelant, mais ne tombant point, à peu près comme la tour penchée devant laquelle je passe chaque jour. Voilà un exemple qui devrait me rassurer et m'instruire. Car, toute penchante qu'elle est, elle dure depuis tantôt sept cents ans; et
elle ne cesse pas de servir Dieu à sa manière, en le célébrant par la voix de ses cloches. »
C'était le k février qu'il écrivait ainsi. Le 28, il accuse du retard de son rétablissement les pluies éternelles donton jouit sous ce beau ciel de Toscane. Un mois après, 4 mars, c'est tout cela encore : l'intempérie, la réclusion; mais, en retour, la consolation des visites d'art et des visites de foi et de prière à la cathédrale, où il trouve son refuge et son bonheur. Tel est le sujet de cette page et des suivantes à M. l'abbé Maret, pour qui elle fait vivre le spectacle des choses, des personnes et des lieux.
« Vous aurez appris, Monsieur et très cher ami, mon odyssée, mes voyages et navigations, et comment je suis venu prendre mes quartiers d'hiver à Pise, depuis six semaines. Là-dessus, vous vous figurez sans doute votre voyageur menant une vie de délices sous un ciel sans nuages, voguant mollement sur les eaux de l'Arno, emporté vers les belles montagnes de San Giulano, ou au moins rêvant au clair de lune sur la merveilleuse place de Pise, erra nt dans le Campo Santo, évoquant les mânes des vieux Pisans dans ces portiques ouverts peints par Giotto et Benozzo Gozzoli. Oh! que vous êtes loin de la vérité! De toutes les histoires saintes que Benozzo a représentées, je n'en vois qu'une ici, et toujours la même : c'est celle du déluge. Depuis bientôt quarante jours, nous vivons enveloppés d'un voile de pluie qui s'épaissit quelquefois enneige et que soulèvent des vents furieux. Heureusement, à défaut des portiques ouverts du Campo Santo, je puis me réfugier dans la cathédrale, et aller prier sous ces voûtes héroïques élevées en 1063 par des croisés qui devançaient Godefroy de Bouillon, et qui du butin fait sur