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LES GENS DU PEUPLE

moins et à Florence, remplit les églises. A la différence de notre France on voit, même aux jours d'oeuvre, les autels entourés, non de gens comme il faut, mais d'artisans, de cochers, de paysans et de femmes de la halle, avec lesquels il faut se coudoyer si l'on veut s'asseoir sur les bancs qui remplacent nos chaises. J'ai presque tous les jours la messe de onze heures : Saint-Simon l'appellerait « la messe de la canaille ». Je trouve les communions plus nombreuses que je n'aurais cru... »

Il y revient ailleurs : « Le peuple d'ici est bien dégénéré, mais du moins il a conservé la foi, et il ne laisse point dans la solitude les cathédrales de ses pères. Je dis le peuple, c'est-à-dire les gens surtout qui, en France, ne vont point à l'église, qui hantent les cabarets et les guinguettes. A la messe de onze heures qui est souvent la mienne, vous ne sauriez croire en quelle bonne compagnie je me trouve de petits artisans, de cochers, de marchandes de pommes, de gueux, hélas! mon cher ami, de tout ce qui répugne à notre délicatesse, mais enfin de ces pauvres que le Sauveur aimait. »

A la bibliothèque, sise à deux pas de sa demeure, et riche de 60.000 volumes, Ozanam trouvait l'accueillante hospitalité du conservateur, M. Ferrucci, « le plus complaisant des bibliothécaires », qui l'installait là, chez lui, à part, dans le cabinet professoral, auprès de la petite cheminée privilégiée, à la table même où l'année précédente avait travaillé M. Ravaisson, de l'Institut. Il en était de même des égards dont l'entouraient les professeurs de l'Université de Pise. « Enfin, écrit-il, nous avons ici une petite Athènes, si je puis donner ce nom à une centaine d'étudiants grecs. Mais je dois avouer que

ces fils d'Aristide et de Philopœmen sont moins assidus à l'école qu'au théâtre ; et qu'ils passent pour mal payer leurs dettes. »

C'est à la bibliothèque que, pour remplir la mission littéraire qu'il avait reçue du ministre, Ozanam se mit à la recherche des Origines des Républiques italiennes. V Émancipation de la Commune de Milan au XP siècle, lui fournit le sujet et les documents d'un travail où il se rencontrait en face de Grégoire VII et de Pierre Damien : « En retournant par Milan, je prendrai cette dernière impression des lieux qui colore et fait vivre l'histoire ; et j'en tirerai une narration dans le genre de M. Augustin Thierry. Ces! un travail que peut faire un malade de Pise, principalement si le soleil italien se décide à venir briller à sa fenêtre de Lung Arno et réchauffer ses pensées. »

Le soleil était lent à venir. Le temps du carême fut affreux. « Des averses torrentielles gonflent le cours de l'Arno, menacent les ponts de marbre; et à trois pas de nous les neiges froides blanchissent les montagnes de Lucques. «

Un autre travail qui charmait ses ennuis, mais sans guérir son mal, était la rédaction de i< son odyssée », comme il appelait son Pèlerinage au pays du Cid. Il y travaillait sous les yeux de sa femme laquelle, « mourant de peur qu'il n'en tombât plus malade osait bien lui soutenir que les arides montagnes de la Vieille-Castille n'avaient point la beauté de la Campagne romaine ; qu'il surfaisait Las Huelgas et Miraflores, et qu'elle ne donnerait pas trois maravedis du tombeau de Jean II, etc. — Mais je tiens bon, écrit le mari à Ampère, j'ai toutes mes notes; et, de retour à Paris, si Dieu me prête vie et me donne la force de faire quelques leçons sur le poème du Cid, je me

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