L'AME MONTANTE
propose de tirer parti de ce voyage d'Espagne, et d'écrire une vingtaine de pages dont vous n'aurez pas à rougir ».
C'était donc encore la Sorbonne dont le souvenir le hantait, dont le regret l'attristait : « Ah ! pauvre Sorbonne, écrit-il, que de fois je retourne en esprit vers ses salles enCumées, mais que j'ai vues remplies d'une généreuse jeunesse ! Cher ami, après les consolations infimes qu'un cath olique trouve au pied des autels, après les joies de la famille, je ne connais pas de bonheur plus grand que de parler à des jeunes gens qui ont de l'intelligence et du cœur! »
C'est à M. Benoît, son suppléant intérimaire, un chrétien comme lui, qu'est écrite cette lettre, pour le féliciter et remercier de ses belles leçons de littérature allemande.
D'autres fois c'est vers quelque foyer de l'amitié lointaine que se reporte son regard. Il écrit à M. Lenormant : « La place que vous voulez bien me garder dans vos pensées me fait songer à celle que je trouvais à votre foyer, quand AP^ Lenormant nous accueillait, ma femme et moi, avec tant de grâce et d'indulgence. Jene sais encore ce que Dieu ordonnera de moi ; mais il a certainement assez fait pour l'honneur et la douceur de notre vie, en nous choisissant nos amis. Si mal que je pense de moi-même, jene puis croire qu'il m'ait créé pour ne rien faire, lorsqu'il me fait connaître l'un après l'autre tous les meilleurs chrétiens démon temps et les âmes les plus choisies. »
Presque toutes les lettres adressées, pendant ce carême, à ses amis de France sont des remerciements. Personne ne fut plus fidèle qu'Ozanam au devoir de l'action de grâces auxhommes, comme àDieu. Ayant
reçu l'article bibliographique qu'Ampère avait consacré aux Poètes franciscains dans la Revue des Deux-Mondes, 15 mai : « Mon cher ami, lui écrit-il, vous nous avez comblés, nous et nos pauvres Franciscains. Je veux vous remercier aussi pour ces pieux mendiants que vous traitez avec tant de bonté, et que vous faites revivre dans ce tableau raccourci. Vos trois pages ont toute la couleur et tout le parfum de ce jardin de couvent que vous y crayonnez, avec ses jasmins grimpants le long des cloîtres. Amélie et moi, en juges désintéressés, nous avons décidé que cet article était un de vos morceaux les plus exquis. Je veux ajouter que nos regrets pour le professeur absent ont touché autre chose que mon amour-propre ; et l'accent m'en est allé jusqu'au fond du cœur. »
Il semble bien que toutes les facultés d'Ozanam naturelles et surnaturelles, celles de l'esprit, celles du cœur, se soient surpassées elles-mêmes, dans ces deux dernières années, en dépit de sa souffrance ou peut-être à cause d'elle. C'est bien la vie montante, au faite de son ascension. Surtout la bonté, la sensibilité y ont des délicatesses et tendresses suprêmes. Lui-même s'en rend compte : « Dans cette ville paisible, dans cette vie si reposée, il me semble quelquefois que je goûte plus profondément mes affections de famille, que je caresse plus à mon aise mes souvenirs d'amitié. J'ai le loisir de rentrer dans mon cœur, j'y trouve beaucoup à corriger; mais enfin j'y crois trouver la foi et la paix, et c'est assez pour donner bien des moments de bonheur. » Et dans un autre endroit, parlant de son entourage : « Vous voyez, mon cher ami, que si Notre-Seigneur méfait part de sa croix, il m'en donne, comme on fait à Rome, une parcelle bien légère, et encadrée dans