‹ Frédéric OzanamChapitre 293 sur 344 · TENDRESSE DU FOYER · texte numérisé non relu

TENDRESSE DU FOYER

un beau reliquaire; je veux dire dans des consolations et des adoucissements infinis. J'ai ma bonne et tendre Amélie, qui sait mêler à ses soins tant de grâce et d'agrément. J'ai ma petite Marie toujours joyeuse, et qui commence à nous réjouir de son babil italien. J'ai trouvé pour ma conscience un prêtre plein de charité et de lumières. Dieu m'a donné des amis nouveaux, et je sais que les anciens ne m'oublient pas. »

De ce dévouement de son épouse, il ne sait assez bénir Dieu : « La dame du logis vous fait tous ses compliments. La pauvrette a vu de bien mauvais jours. Mais la voilà qui s'épanouit aux premiers sourires d'avril. Et certes, si je me tire d'affaire, elle aura une grande part du mérite. » Et, dans un autre endroit : « Vous connaissez celle que Dieu m'a donnée pour ange gardien visible : vous l'avez vue à l'œuvre. Mais, depuis que mon mal est devenu sérieux, vous ne sauriez croire tout ce qu'elle a trouvé de ressources dans son cœur, non seulement pour me soulager, mais pour me consoler! Quelle tendresse ingénieuse, patiente, infatigable, m'entoure à toute heure et prévient tous mes désirs !» Et à la fin d'une autre lettre, on l'entend qui s'écrie : « Qu'ai-je donc fait pour que Dieu me donne une pareille famille et des amis tels que vous ! »

Il les aimait en Dieu, le Dieu de l'autel où il prie et communie, le Dieu du ciel où il aspire : « Dans ces grandes fêtes que je n'ai pu passer avec vous, je vous ai retrouvé au saint autel. Oui, je crois fermement, quand je communie, être en communication étroite avec mes amis chrétiens unis au même Sauveur. Pourquoi faut-il que bientôt après, je me détache de cette sainte compagnie pour retomber

dans mes découragements? Quand verrons-nous le lieu où il n'y aura plus de divisions entre les chrétiens, m d'injustices publiques, ni d'avilissement pour les g'randes nations ! »

C'était à Tamitié, celle d'un prêtre du plus haut mérite, qu'il confiait d'avance l'avenir de ce qu'il laisserait de plus cher en ce monde : « Adieu, cher ami, écrit-il à l'abbé Maret, c'est souvent une consolation pour moi de penser que si je venais à mourir, vous seriez l'ami de ma petite famille, comme vous avez été le mien. Aussi, toute cette famille vous aime- 4-elle tendrement, mais personne plus que votre dévoué. »

Il pensait donc à sa mort, vers laquelle il s'acheminait en portant sa croix. Au D' Franchisteguy, qui lui avait annoncé la mort subite d'un confrère de Bayonne, après une longue maladie et beaucoup de bonnes œuvres, il répond, 3 avril : « Il a été appelé à l'improviste, mais ne disons pas qu'il n'était pas préparé. Pour moi, quand je vois des chrétiens éprouvés par ces maux lents et cruels, je me figure des âmes qui font leur purgatoire en ce monde, et qui ont droit à la pitié respectueuse que nous devons aux justes de 1 Église souffrante. Ahl si Dieu veut accepter pour l'expiation de leurs péchés ces peines supportées ici-bas, qu'ils sont heureux de s'être purifiés à ce prix, par des douleurs infiniment audessous de celles de l'autre vie, au milieu des consolations de la religion, de l'amitié, de la famille, auprès d'une femme qui s'épuise de tendresse et de bons soins, avec de joyeux enfants qui ramèneraient le sourire ; sur les lèvres les plus désolées ! Souflrir ainsi deux ans, dix ans même, et ensuite entrer de plain-pied

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