‹ Frédéric OzanamChapitre 294 sur 344 · LE SACRIFICE · texte numérisé non relu

LE SACRIFICE

dans la paix du ciel, ne serait-ce pas la plus heureuse destinée! »

C'est ainsi qii'Ozanam se préparait lui-même à mourir.

Le sacrifice était déjà commencé, par le détachement. Il écrit à Lallier : « Savez-vous, cher ami, que durant les trois dernières semaines de carême, je pensais sérieusement à me tenir prêt aux derniers sacrifices. Il en coûtait beaucoup à la nature ; cependant il me semblait que, Dieu aidant, je commençais à me détacher de tout, hormis de ceux qui m'aiment, et que je puis aimer ailleurs qu'ici-bas. Il m'a fallu d'abord renoncer à accompagner ma bellemère à Rome, renoncer aux cérémonies de la Semaine sainte, aux catacombes, à la Messe de Pâques pour moi la plus grande des choses visibles, à la consolation de baiser encore les pieds de Pie IX , et de visiter une fois de plus le tombeau des Saints-Apôtres. » Comme O'Connell, Ozanam devait expirer sur le chemin de Rome.

Pâques était donc revenu. Après bientôt soixante jours de pluie consécutifs, une éclaircie s'était faite au ciel et dans son cœur. « Aujourd'hui, avec le rayon de soleil qui réveille les fleurs, se réveillent aussi mes espérances, écrit-il le 15 avril à Ampère. Depuis Pâques, je commence à revivre; et si le mieux se soutient, que) bonheur ce sera de vous revoir à Paris, fin de mai. Mais Dieu le permettra-t-il? Remercions-le déjà de ce qu'il a fait pour moi. Espérons qu'il achèvera l'œuvre. Pourtant je veux être soumis à sa volonté. Et où puis-je mieux apprendre cette soumission que dans ce pays de Toscane qui, fertile en artistes, l'est encore plus en saints? »

Une chose qu'il dit être guérissante pour lui, corps

et âme, était la vue du progrès, sur ce même rivage de Toscane et de Ligurie, de Faction catholique par les conférences de Saint- Vincent de Paul. La lettre du lundi de Pâques à Lallier lui nomme cinq nouvelles familles fleurissantes « sur ce sol où la vie catholique languissait comme étouffée sous les chaînes dorées du Joséphisme ». De même à Gênes et ses faubourgs où l'esprit catholique, aux prises avec le mazzinisme, le socialisme, le protestantisme, avait groupé ses forces autour de la même bannière : « Le voltairianisme sévit encore dans la bourgeoisie, mais la foi survit dans la masse du peuple. Ici, comme presque partout, beaucoup de beaux esprits sont incrédules; mais les plus grands esprits s'honorent d'être croyants. »

« Les sourires d'avril sont perfides», écrit bientôt après le malade. C'était l'annonce d'une rechute. « Je sais que mon mal est grave, quoique non désespéré. Je sais qu'il faudra beaucoup de temps pour guérir, et que je puis ne pas guérir; mais je m'efforce de m'abandonner avec amour à la volonté de Dieu, et je dis, malheureusement de bouche bien plus que de cœur : Volo qiiod vis, volo quando vis, volo quomodo vis, volo quia vis. » Il le redisait sans cesse.

La lecture de l'Écriture sainte, qui avait été l'aliment de toute sa vie, devint l'entretien journalier de ce triste hiver de Pise. Les Psaumes partageaient avec l'Évangile sa prédilection : « Pendant de lon-^ gués semaines de langueur, les Psaumes ne sont guère sortis de mes mains. Je ne me lassais pas de relire ces plaintes sublimes, ces élans d'espérance, ces supplications pleines d'amour qui répondent à tous les besoins, à toutes les détresses de la nature

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