LE LIVRE DES MALADES
humaine. » Non seulement, comme à Tordinaire, il en marquait les plus beaux passages, mais il pria sa femme de les lui copier, pour qu'il pût ainsi les avoir rassemblés sous ses yeux tout le jour; et pour qu'ensuite peut-être d'autres y trouvassent un breuvage rafraichissant et réconfortant dans leurs douleurs. Traduites et réunies en un petit volume sous le titre de Livre des maladeSy et précédées d'une préface du Père Lacordaire, qui en est le digne écrin, ces pages plus divines qu'humaines sont dédiées à tous ceux qui souffrent.
Le 23 avril 1853 était le quarantième anniversaire de sa naissance. Cette date était solennelle : re verrait-il une autre année en ce monde? Ozanam ouvrit sa bible au Cantique du roi Ézéchias ; il y lut ce qui suit, c'était la réponse d'En-Haut. Il le transcrivit; puis sur la même page, se mettant en présence de Dieu, il répandit toute son âme de douleur, et déposa l'entière offrande de son sacrifice, dans ces termes d'une héroïque et sublime grandeur. C'est ÏEcce venio. On n'en peut rien retrancher.
Pise, 23 avril 1853.
fai dit au milieu de mes jours : J'irai aux portes de la mort.
J'ai cheixhé le reste de mes années. J'ai dit : Je ne verrai plus le Seigneur mon Dieu sur la terre des vivants.
Ma vie est emportée loin de moi, comme on replie la tente des pasteurs.
Le fil que f ourdissais encore est coupé comme sous les ciseaux du tisserand : entre le matin et le soir vous m'avez conduit à ma fin.
560 EN ITALIE. — Msi.
Mes yeux se sont fatigués à force de s'élever au cieL
Seigneur, je souffre violence ; répondez-moi! Mais que dirai-je, et que me répondra celui qui a fait mes douleurs?
Je repasserai devant vous toutes mes années dans l'amertume de mon cœur.
« C'est le commencement du cantique d'Ézéchias. Je ne sais si Dieu permettra que je puisse m'en appliquer la fin. Je sais que j'accomplis aujourd'hui ma quarantième année, plus que la moitié du che^min de la vie. Je sais que j'ai une femme jeune et bien-aimée, une charmante enfant, d'excellents frères, une seconde mère, beaucoup d'amis, une carrière honorable, des travaux conduits précisément au point où ils pourraient servir de fondement à un ouvrage longtemps rêvé. Voilà cependant que je suis pris d'un mal grave, opiniâtre, et d'autant plus dangereux qu'il cache probablement un complet épuisement.
« Faut-il quitter tous ces biens que vous-même m'avez donnés? Ne voulez-vous point. Seigneur, vous contenter d'une partie du sacrifice? Laquelle fautil que je vous immole de mes affections déréglées? N'accepterez-vous point l'holocauste de mon amourpropre littéraire, de mes ambitions académiques, de mes projets mêmes d'étude, oii se mêlait peut-être plus d'orgueil que de zèle pour la vérité? Si je vendais la moitié de mes livres pour en donner le prix aux pauvres; et si, me bornant à remplir les devoirs de mon emploi, je consacrais le reste de ma vie à visiter les indigents, à instruire les apprentis et les soldats, Seigneur, seriez- vous satisfait, et me laisseriez-vous la douceur de vieillir auprès de ma