‹ Frédéric OzanamChapitre 296 sur 344 · L'OBLATION SAINTE · texte numérisé non relu

L'OBLATION SAINTE

femme et d'achever l'éducation de mon enfant?

« Peut-être, mon Dieu, ne le voulez-vous point. Vous n'acceptez point ces offrandes intéressées, vous rejetez mon holocauste et mon sacrifice. C'est moi que vous demandez. Il est écrit au commencement du Livre que je dois faire votre volonté! Et j'ai dit: Je viens, Seigneur!

« Je viens. Si vous m'appelez, je n'ai pas le droit de me plaindre. Vous m'avez donné quarante ans de vie. Que les miens ne se scandalisent point si vous ne voulez pas faire aujourd'hui un miracle pour me guérir. Il y a cinq ans, ne m'avez-vous pas ramené de bien loin, et ne m'avez-vous pas accordé ce délai pour faire pénitence de mes péchés et pour devenir meilleur? Oh ! toutes les prières qu'alors on vous adressa pour moi furent exaucées : Pourquoi celles qu'on vous fait aujourd'hui et ea plus grand nombre seraient-elles perdues?

« Mais peut-être. Seigneur, vous les exaucerez d'une autre manière. Vous me donnerez le courage^ la résignation, la paix de l'âme et ces consolations inexprimables qui accompagnent votre présence réelle. Vous me ferez trouver dans la maladie une source de mérites et de bénédictions : et, ces bénédictions vous les ferez retomber sur ma femme, mon enfant, tous les miens, à qui mes travaux auraient peut-être moins servi que mes souffrances.

« Si je repasse devant vous mes années avec amertume, c'est à cause des péchés dont je les ai souillées. Mais, quand je considère les grâces dont vous les avez enrichies, je repasse mes années devant vous, Seigneur, avec reconnaissance.

« Quand vous m'enchaîneriez sur un lit pour les jours qui me restent à vivre, ils ne suffiraient pas

à VOUS remercier des jours que j'ai vécus. Ah! si ces pages sont les dernières que j'écris, qu'elles soient un hymne à votre bonté. »

Et, cette bonté divine, Ozanam la remercie de lui avoir donné un père tel que le sien, une admirable mère : il rappelle le bienfait de l'éducation qu'il en reçut. Puis il termine ainsi : « Vous qui après moi prierez pour moi, continuez aussi de prier pour mon père et ma mère. La bénédiction du Seigneur est sur les familles où l'on se souvient des aïeux. »

Ces admirables pages eurent leur complément. En ce même jour solennel, Ozanam, profitant d'une absence momentanée de sa femme qu'il ne voulait pas attrister, écrivit sommairement l'esquisse de son testament, sous cette forme brève, qu'il se proposait de revoir et compléter :

« Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit- il.

« Aujourd'hui, vingt-trois avril mil huit cent cinquante-trois, au moment où j'accomplis ma quarantième année, dans les inquiétudes d'une maladie grave, mais sain d'esprit, j'ai écrit en peu de mots mes dernières volontés, me proposant de les exprimer plus complètement lorsque j'aurai plus de force.

« Je remets mon âme à Jésus-Christ, mon Sauveur, effrayé de mes péchés, mais confiant dans l'infinie miséricorde.

« Je meurs au sein de l'Église catholique, apostolique et romaine. J'ai connu les doutes du siècle présent, mais toute ma vie m'a convaincu qu'il n'y a de repos pour l'esprit et le cœur que dans l'Église et sous son autorité.

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