SON TESTAMENT
« Si j'attache quelque prix à mes longues études, c'est qu'elles me donnent le droit de supplier tous ceux que j'aime de rester fidèles à une religion où j'ai trouvé la lumière et la paix. — Ma prière suprême à ma famille, à ma femme, à mes enfants, à tous ceux qui naîtront d'eux, c'est de persévérer dans la foi, malgré les humiliations, les scandales, les désertions dont ils seront témoins.
« A ma tendre Amélie, qui a fait la joie et le charme de ma vie, et dont les soins si doux ont consolé depuis un an tous mes maux, j'adresse des adieux courts comme toutes les choses de la terre. Je la remercie, je la bénis, et je l'attends au ciel. Là seulement je pourrai lui rendre autant d'amour qu'elle en mérite.
« Je donne à mon enfant la bénédiction des patriarches, au nom du Père, du Fils et du Saint- Esprit. Il m'est triste de ne pouvoir travailler plus longtemps à l'œuvre si chère de son éducation, mais je la confie sans regret à sa vertueuse et bien-aimée mère. »
Ozanam nomme ensuite ses deux frères, sa bellemère, ses parents, ses amis, ceux de Paris, ceux de Lyon, les embrassant tous dans sa pensée, et leur donnant rendez-vous auprès de ceux qu'il a pleures avec eux. M. Noirot, M. Ampère, Henri Pessonneaux, Lallier, Dufieux, ont une place à part. A tous il demande pardon de ses vivacités et de ses mauvais exemples.
Puis il sollicite les prières de chacun et en particulier celles de la Société de Saint-Vincent de Paul, disant : « Ne vous laissez pas ralentir par ceux qui vous diront : Il est au ciel. Priez beaucoup pour celui qui vous aime beaucoup, mais qui a beaucoup péché
Avec cette assurance je quitterai la terre avec moins de crainte. J'espère fermement que nous ne nous séparons point : et que je reste avec vous jusqu'à ce que vous veniez à moi.
« Que sur vous soit la bénédiction du Père, du Fils et du Sain t-Eisp rit. Ainsi soit-il! »
Dès que les jours chauds le permirent et le demandèrent, les médecins prescrivirent à leur malade le séjour au bord de la mer. C'est là qu'il nous reste à le voir, à Livourne, à San-Jacopo, à l'Antignano, théâtres successifs d'une lutte où l'âme demeure jusqu'au bout maitresse du corps qu'elle anime ; lutte qui commence dans l'espérance, qui se poursuit dans la patience, qui se consomme dans l'amour de la volonté de Dieu, et qui se termine à Marseille, où le corps et l'âme se séparent pour aborder chacun là d'où il est venu, Tun à la terre qui le reprend, Fautre au ciel qui la reçoit.