‹ Frédéric OzanamChapitre 305 sur 344 · CONFÉRENCE A SIENNE. 57J · texte numérisé non relu

CONFÉRENCE A SIENNE. 57J

de conférence, d'autant qu'à cette époque la moitié de l'Université de Pise y avait été transférée, entraînant un grand nombre déjeunes étudiants. Ozanam voulut s'y rendre. Et comme on lui objectait que le voyage en était pénible : « Puisque Dieu me rend des forces, répondit-il, c'est à son service 'que je les dois! »

Là l'attendait, lui et sa famille, l'accueil le plus hospitalier du Révérend Père Pendola, l'homme le plus considéré de la ville. Maître général de l'Ipstitut des sourds-muets de toute la Toscane, directeur du collège des Tolomei, une des plus grandes écoles italiennes, professeur à l'Université, il parut cependant, lui qui avait à s'occuper de tant de monde, ne vivre, pendant quatre jours, que pour ces cinq étrangers, femme, malade, enfant, servante, conducteur, qui s'étaient abattus sur cette maison où tout leur avait été préparé, où tout leur fut prodigué. « Ainsi, lui écrivait plus tard Ozanam, nous n'avons eu qu'à nous laisser vivre dans cette bienheureuse Sienne, où l'on raconte que tant de saints ont été servis par des anges. Nous ne sommes pas des saints, mais certainement un bon ange nous a servis. Enfin, nous partons chargés de cadeaux et de souvenirs : moi avec votre volume de la Ligue lombarde^ et surtout votre portrait ! Amélie avec sainte Catherine; et petite Marie avec tant de choses qu'autant valait emporter la tour du palais de la commune. »

Mais la seule chose devant laquelle les autres s'effaçaient, l'objet unique de ce voyage, la fondation tant désirée d'une conférence de Saint- Vincent de Paul, il ne l'avait pas obtenue. Après quatre jours de démarches pour en jeter les bases, malgré une dernière soirée d'insistance auprès du Père et de quelques personnages influents, la réponse fut que jamais

l'esprit des jeunes nobles toscans ne serait converti à la visite du pauvre. Ozanam repartit donc, le cœur transpercé. C'était l'espoir seul de faire ce bien qui, disait-il, l'avait soulevé et rendu capable d'une telle fatigue : il avait manqué son voyage. Rentré chez lui découragé, on l'entendait dire, les larmes aux yeux : «Dieu ne bénit plus mes efforts. Est-ce qu'il ne voudrait plus de moi à son service? »

Cependant le Père Pendola, qu'il appelait aussi « son tendre ami », n'avait pas prononcé son dernier mot. Quinze jours après son retour à l'Antignano, ne recevant rien, Ozanam se résolut à frapper un dernier et grand coup à ce cœur généreux. Il écrivit. Les dernières lignes de sa lettre, toutes brûlantes de la charité de Jésus-Christ, n'ont pas leurs égales, croyonsnous, dans toutes celles qui jaillirent de ce cœur de feu, cependant si près de se glacer! « Mon Révérend Père et tendre ami, j'étais trop joyeux de voir la bonne semence de saint Vincent de Paul germer et fructifier dans votre terre de Toscane. Mais surtout je lui ai vu faire tant de bien, soutenir dans la vertu un si grand nombre de jeunes gens, allumer dans un plus petit nombre un zèle si merveilleux! Nous avons des conférences à Québec et à Mexico. Nous en avons à Jérusalem. Nous avons même assurément une conférence en paradis, car plus de mille des nôtres, depuis vingt ans que nous existons, ont pris le chemin d'une meilleure vie. Comment donc n'aurions-nous pas une conférence à Sienne, qu'on appelait F Antichambre du Paradis? Comment, dans la ville de la sainte Vierge, ne verrions -nous pas réussir une œuvre qui a la sainte Vierge pour première patronne? Et surtout comment ne réussirions-nous pas au collège

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