MESSE DE L'ASSOMPTION
Cependant le vieux curé de l'Antignano se mourait lentement, lui aussi, àï'ombredeson église. Apprenant que M. Ozanam était là et appelait un prêtre qui lui donnât la communion avant la messe : « C'est moi qui irai, dit-il; levez-moi! » On l'habilla, on l'aida à descendre son escalier. Il apparut à l'autel de son église enguirlandée et déjà remplie de ses paroissiens en habits de fête. L'époux s'avança vers la Table Sainte, soutenu par son épouse. Le vieux prêtre, soutenu, lui, par le bras de son clerc, descendit du sanctuaire et leur présenta à tous deux le Pain de vie. Ce fut la dernière fois qu'il remplit cette fonction sacrée ; ce fut aussi la dernière messe à laquelle Ozanam assista sur la terre.
Sur ces entrefaites, son frère prêtre lui fit la surprise d'arriver inopinément, pour ne plus se séparer de lui. Le jour il l'accompagnait en voiture jusqu'au bord de lamer. « Là, raconte-t-il, mettant pied à terre, Ozanam traînait difficilement ses pas jusqu'à un petit promontoire où un siège lui avait été préparé, et d'où il fixait son regard sur le vaste horizon de la Méditerranée, comme pour en percer l'immensité. » La nuit, les deux frères veillaient à son chevet alternativement. Une fois, l'un d'eux l'apercevant dans l'ombre qui versait des larmes : « Pourquoi te fais-tu de la peine? lui demanda-t-il, en l'embrassant. Rassure-toi. Bientôt nous reverrons la France! » Mais lui : « Ah! cher frère, il ne s'agit pas de cela. Mais quand je songe à mes péchés pour lesquels Jésus-Christ a tant souffert, comment me retien drais-je de pleurer? » Une autre fois qu'il parlait et pleurait ainsi, une douce voix lui dit : « Mais êtes-vous donc un si grand pécheur ? » A quoi lui, vivement et gravement : « Enfant,
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VOUS ne savez pas ce qu'est la sainteté de Dieu ! » Lejourdu23 ramenait, comme chaque mois, le quantième de son heureux mariage. Ozanam ne l'oublia pas. Le matin de ce jour-là, il présenta à sa femme une branche de myrte fleuri, cueillie par lui sur le rivage, où la veille il lavait remarquée à son intention.
C'est en ce jour, ou l'un de ces jours, qu'il écrivit pour elle, et déposa dans son testament, ces beaux vers d'adieu, pour être placés, après sa mort, au bas d'un tableau d'après Fra-Angelico, qu'il lui laissait en souvenir. La gravure représente les anges accueillant, embrassant et introduisant dans le Paradis les élus dont ils ont été les gardiens en ce monde :
Ces anges attendaient, au sortir de la terre, Les élus confiés à leur doux ministère. Toi, mon Ange gardien, tu restes ici-bas : Ta prière ouvrira le ciel devant mes pas. Tu restes quelques jours pour mettre sur la voie L'enfant, la tendre enfant qui causait notre joie. Fais qu'elle pense à moi, donne-lui tes vertus. Nous nous retrouverons au séjour où l'on aime, Et nous échangerons, sous les yeux de Dieu même, Le long embrassement qui ne finira plus.
Ces journées et les suivantes, se passèrent pour Ozanam en plein air, sur la terrasse où, couché sur un sofa, il reposait longuement dans des pensées dont rien ne venait le distraire, sinon la voix de son enfant qui de temps en temps s'arrachait à ses jeux pour venir lui demander de la caresser ou de la bénir. La Bible était là, ouverte à côté de lui. La parole sainte avait si complètement pris possession de son esprit, qu'il en devenait oublieux de ce qui l'entourait. Il y avait tel de ces textes, comme celui-ci, auquel il s'attachait, comme à la formule consacrée de son propre