DERNIERES JOURNÉES
sacrifice offert à l'Éternel : « Seigneur, vous m'avez prêté ce corps. Les autres holocaustes quelconques ne sauraient vous plaire. Me voici donc, je viens, ainsi qu'il fut écrit en tête de votre livre. C'est votre volonté que je ferai, mon Dieu! »
« Un soir qu'étendu sur la terrasse, il contemplait le soleil qui se couchait sur les flots, sa femme assise sur une chaise, un peu en arrière de lui, pour qu'il ne vît pas ses larmes, admirait la tranquillité sereine qui régnait sur les traits comme dans l'attitude de son cher souffrant. Elle en prit sujet de lui demander « quel était celui des dons de Dieu qu'il estimait être le plus grand ))?I1 n'hésita pas : « C'est la paix du cœur », répondit-il. Puis s'expliquant, il dit que sans cette paix, nul bien ne peut nous rendre heureux, et qu'avec elle tous les maux sont supportables, même les approches de la mort.
« Quelques jours plus tard, sur cette même termsse, comme ils étaient encore assis ensemble, écoutant le murmure des vagues d'été et le chant des oiseaux dans les bosquets voisins : « Si quelque chose, dit-il, me console de quitter ce monde sans avoir achevé ce que j'avais désiré et entrepris, c'est que je n'ai jamais travaillé pour la louange des hommes, mais uniquement pour le service de la vérité. »
Le mal empirait de jour en jour. Le malade, à bout de forces, ne parlait que peu; tous les symptômes annonçaient une catastrophe prochaine. Ozanam allait-il donc mourir sur la terre étrangère? Il avait iortement exprimé le désir de revoir la France. On décida de l'embarquer au plus tôt pour Marseille.
La veille du mois de septembre fut le jour du départ. Accompagné de sa femme, de sa fille et de ses deux frères, Ozanam sortit de sa maison d'Antignano,
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la maison de sa douleur. Tandis que la voiture attendait, il se fit conduire , presque porter, par le bras de sa femme et celui de son frère, à la terrasse du jardin qui dominait la mer. Il resta quelques instants à la contempler. Puis ôtant son chapeau, il éleva les mains et dit à haute voix sous le ciel : « Mon Dieu, je vous remercie des afflictions et des souffrances que vous m'avez envoyées dans cette maison : acceptez-les en expiation de mes péchés. » Se tournant ensuite vers sa femme : « Je veux aussi qu'avec moi tu bénisses Dieu de nos douleurs. » Puis, tout à coup, la serrant dans ses bras : « Je le bénis aussi des consolations que tu m'as données. »
On le conduisit à bord, où il demeura quelque temps sur le pont, assis dans un fauteuil, entouré des prêtres, religieux, amis, confrères de Saint-Vincent de Paul venus pour lui serrer ou lui baiser la main. On dut abréger ces trop émouvants adieux, et le faire descendre dans sa cabine, où on le coucha pour la nuit que son frère prêtre passa à son côté.
Quand le jour parut, le vaisseau stopait à Bastia, où il relâcha quelques heures dont on profita pour dresser un lit sur le pont. La mer était calme, l'air pur, le ciel sans nuage, et le malade ne pouvait détacher ses yeux de ces poétiques rivages dé l'Italie qu'il voyait fuir derrière lui. Mais lorsque bientôt se levèrent les côtes de la Provence, il fit paraître une grande joie de revoir la patrie, et il en bénit Dieu à mains jointes. Il s'endormit apaisé. Quandil se réveilla, il était dans le port de Marseille. Ses yeux, presque en s'ouvrant, aperçurent sa belle-mère, avec d'autres membres de la famille de sa femme venus pour le recevoir. Dès qu'il fut près d'eux, il sembla oublier ses maux, et il dit presque joyeux, par un dernier