‹ Frédéric OzanamChapitre 33 sur 344 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

L*IS0LEMENT. — l'hOTE d'aMPÈRE. — CHATEAUBRIAND, BAL- LANCHE, MONTALEMBERT. — LA JEUNESSE CATHOLIQUE; l'ES- PÉRANCE. — UN SAINT SAVANT ; UN SAINT PRÊTRE.

Ozanam était entré dans sa dix-neuvième année lorsque son père crut l'heure venue de lui faire commencer ses études de droit, en l'envoyant à la faculté de Paris. La ville de Lyon n'en avait pas, à cette époque. C'était vers la fin de 1831. Les terreurs que le séjour de la capitale avait inspirées aux familles, au lendemain de Juillet, commençaient à se dissiper. Puis Frédéric avait donné de tels gages de la solidité de ses principes et de sa vertu que tout faisait augurer qu'il sortirait victorieux de cette épreuve redoutable, mais nécessaire.

Frédéric obéit sans peine. Paris c'était pour lui la grande ville d'études, spécialement celle de ses études historiques, pour lesquelles il trouverait des maîtres, des livres, et aussi des compagnons qu'il associerait à son beau dessein. Il partit donc.

La séparation ne se fit pas sans un grand serrement

40 LACTION CATHOLIQUE.

de cœur, comme il le rappellera bientôt. C'était la première fois qu'il s'éloignait de ce cher foyer, dont, peu auparavant, il célébrait les douceurs, dans quelques vers du nouvel an, qu'il dut se rappeler et se redire alors :

Adieu, vous qui fuyez d'une fuite infinie, Premiers ans de bonheur, premiers ans de ma vie; Vous emporterez tout; tout, jusqu'à la douleur; Mais vous n'emportez pas la mémoire du cœur.

Il y priait Dieu pour ses parents. Il y priait aussi pour le bonheur et surtout l'honneur de la carrière où il allait s'engager :

Donnez à leur enfant la force et la lumière, Donnez-lui de fournir une noble carrière, Et d'y gagner ce prix que je puisse, à mon tour, Leur offrir, pour payer un peu de tant d'amour.

Aux derniers jours d'octobre ou aux premiers de novembre 1831, nous trouvons Ozanam à plus de cent lieues de Lyon ; et là noyé, perdu, ainsi qu'il s'en ouvre à sa mère mélancoliquement. Au départ, « il s'était efforcé de paraître gai. Mais, écrit-il dès le 7 novembre, ma gaieté passagère a fait totalement naufrage » . A présent c'est la solitude inconsolée; c'est l'amertume des chers souvenirs changés en regrets. C'est aussi la peur de l'inconnu et celle de soi-même, pauvre enfant jeté sans appui, sans point d'attache, dans cette capitale de l'égoïsme, au sein du tourbillon des passions et des erreurs humaines. Il s'en effraie, il s'en alarme, et il en souffre, n'ayant personne à aimer. C'est l'heure critique : à qui s'ouvrir? « Qui se met en peine de moi? Les jeunes gens de ma connaissance sont trop éloignés de mon domicile pour que je

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