‹ Frédéric OzanamChapitre 34 sur 344 · PARIS : L'ISOLEMENT · texte numérisé non relu

PARIS : L'ISOLEMENT

puisse les voir souvent. Je n'ai pour épancher mon âme que vous, ma mère... et le bon Dieu. Mais ces deux-là en valent bien d'autres. »

A quelques pas de chez lui s'ouvrait l'église de Sainte-Geneviève ; mais elle venait d'être désaffectée par décret royal : « C'est maintenant le Panthéon, temple païen au milieu d'une ville de chrétiens. C'est un tombeau: mais qu'est-ce qu'un tombeau sans croix; une sépulture sans l'espérance qui la console?... » En retour, tout à côté, à Saint-Étienne-du- Mont, sa paroisse, il s'épanouit à la pompe religieuse des offices, à la magnificence du chant et des orgues. Il s'en dit encore transporté, et il écrit : « Je n'ai jamais rien éprouvé de pareil. »

Souvent le succès d'une campagne dépend d'une première bataille. Le jeune homme connut le péril dès le premier jour. Il était tombé dans un guetapens.

Un vieil ami de la famille habitant Paris avait été prié par M'"° Ozanam de procurer à son fils une pension tranquille, dans une société aimable et sûre. L'ami se trompa. Le jeune pensionnaire ne tarda pas à s'en apercevoir : la compagnie n'y était point bonne. Le 7 décembre, une lettre à sa mère lui en fait ce très peu édifiant rapport. A la table, des dames et de grandes filles hardies, bruyantes, légères autant que communes et grossières. Jeunes gens pires encore : conversations à l'avenant sur le sujet des spectacles et scandales parisiens. « Propos de corps de garde », dit la lettre. Après le repas du soir, réunions joyeuses aux tables de jeux, cris et éclats de rire qu'il entend de sa chambre. « J'ai été pressé par la compagnie, dit-il, de prendre part à ces divertissements; vous pensez bien que j'ai refusé. Et puis, ces

gens ne sont ni chrétiens, ni turcs. Je suis seul ici qui fasse maigre, ce qui me vaut mille quolibets. Il est fort désagréable de se trouver en pareille société. » Tout se sent heurté, blessé chez Ozanam, sa délicatesse, sa fierté, sa pudeur, sa religion. Et il demande à son père, à sa mère, ce qu'ils en pensent, et ce qu'il faut qu'il fasse?

M"*' Ozanam avait à peine eu le temps de recevoir cette lettre que la Providence, une mère elle aussi, prenant l'avance , y avait fait la splendide réponse que voici :

Le 12, Frédéric annonçait à son père le récit dune visite qu'il était allé faire à un très illustre compatriote, M. Ampère. Naguère à Lyon, chez M. Périsse, éditeur de ses modestes essais et cousin d'Ampère, il avait été présenté au grand physicien, qui plein de bonhomie et de cordialité, lui avait fait promettre de Taller voir chez lui, quand il viendrait pour ses études à Paris. L'étudiant n'eut garde de l'oublier. L'accueil fut tout paternel. Naturellement ce fut sur Paris, son installation dans cette ville, son milieu de vie, que portèrent les questions. Frédéric d'abord hésitant, bientôt gagné par ces avances, lui confia ses ennuis présents, non sans une émotion rougissante. Ampère le regardait, en silence, touché de cette candeur craintive. Puis, sans rien dire encore, se dirigeant avec lui vers une pièce voisine, il en ouvrit la porte. C'était une chambre très agréable, donnant sur le jardin : « Voyez! C'est la chambre de mon fils, qui est actuellement et pour quelques temps encore en Allemagne. Qu'en pensez-vous ? » Puis, tout simplement : « Vous conviendrait-elle? » Et. comme, confus, confondu, Ozanam semblait ne pas comprendre :

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