LA JEUNESSE CATHOLIQUE
salutaire action morale et religieuse sur la jeunesse des écoles. La Révolution de Juillet vint leur porter un coup mortel, soit en dispersant les membres, soit en divisant les esprits. xMais écoutons Ozanam :
« De la Société des Bonnes Études, rappelait-il ensuite, il ne restait plus qu'un débris, quand un ami me proposa de m'y présenter et de m'en ouvrir la porte. La réunion littéraire, réfugiée alors dans l'étroite enceinte des bureaux du journal de M. Bailly, la Tribune catholique, TMe du Petit-Bourbon-Saint-Sulpice, 71, comptait à peine quinze membres demeurés fidèles au studieux rendez-vous. En outre, les habitudes peu scientifiques du milieu ne laissaient presque pas de place aux investigations sérieuses; et c'est à peine si les hautes questions de l'avenir et du passé osaient se produire dans les timides entretiens. » C'est cependant de ce berceau — ou de ce tombeau — qu'Ozanam pourra dire en mars 1833 : « Grâce au zèle de quelques-uns de ses anciens membres, cette Société a présentement grandi d'une merveilleuse manière. »
Elle avait grandi en se transformant. L'homme prédestiné à former le trait d'union entre la jeunesse du passé et celle de l'avenir, M. Bailly, eut la pensée d'organiser des conférences de littérature, d'histoire et de philosophie, autour desquelles il pourrait rallier les étudiants chrétiens. Mais ceux-ci étant trop peu nombreux alors, il se promettait de renforcer leurs rangs, à mesure qu'il les discernerait dans le mélange des autres jeunes gens, auxquels cependant, dans certaines limites, il ne donnerait pas l'exclusion.
Elle commença ses travaux, le l"*" décembre 1832. L'une des vice-présidences fut occupée toute l'année
par Ozanam, qui en écrira bientôt : « Les candidatures vont se multipliant. Nous nous sommes recrutés de quelques jeunes hommes d'un talent supérieur, parmi lesquels des explorateurs de plusieurs États de l'Europe, des théoriciens de l'art, des initiés aux problèmes de l'économie politique. Le plus grand nombre se livre à l'étude de l'histoire, quelques-ims à la philosophie. Nous avons même deux ou trois de ces âmes choisies à qui Dieu a donné des ailes, et qui seront un jour des poètes, si la mort ou les tempêtes de la vie ne viennent pas les leur briser en chemin. » Nous les yerrons à l'œuvre.
Le salon du jeune comte Charles de Montalembert était, chaque dimanche, le rendez-vous d'une élite. Frédéric Ozanam lui fut présenté par Ballanche. Grande y était la diversité des âges et des esprits. Les lettres d'Ozanam nous y montrent des savants comme le baron d'Eckstein, des philosophes comme Ballanche, des poètes comme Alfred de Vigny, le polonais Mickiewiez, et même Sainte-Beuve qui, destiné à traverser tous les mondes, explorait alors en curieux le monde catholique; des adversaires intellectuels, comme Lherminier, des rêveurs touchés des misères du peuple, comme Considérant. Félix de Merode y était venu; Victor Hugo devait y venir. — « Dimanche dernier, écrit encore Ozanam, je me suis entretenu avec Lherminier. Puis une causerie très intéressante s'est établie entre lui et M. de Montalembert : nous sommes restés jusqu'à minuit pour les écouter. Victor Considérant y était aussi; on a beaucoup parlé de la misère actuelle du peuple, et on en a tiré de sinistres présages pour l'avenir. » C'était la question centrale qui dès lors attirait tout à elle : le problème social.