‹ Frédéric OzanamChapitre 41 sur 344 · LE SAVANT CHRÉTIEN · texte numérisé non relu

LE SAVANT CHRÉTIEN

sa tête chargée de tant de science et d'honneur, s'écriait tout transporté : « Que Dieu est grand, Ozanam, que Dieu est grand ! »

Ce Dieu de l'Univers, Ampère venait l'adorer dans ses temples. Ozanam a raconté qu'un jour où il était triste, anxieux, abattu, il entra dans l'église de Saint-Étienne-du-Mont pour y décharger son cœur. L'église était presque déserte et silencieuse. Çà et là quelques femmes étaient agenouillées près de la châsse de sainte Geneviève. Et puis, seul, dans un coin, un homme immobile paraissait profondément plongé dans sa prière. Ozanam l'aperçoit, s'approche, et reconnaît Ampère humilié enlaprésence divine. L'ayant contemplé quelques instants, il se retira fort ému, et lui-même plus à Dieu que jamais!

C'était beaucoup pour M. Ampère qu'Ozanam avait voulu, durant le choléra, demeurer à Paris, afin d'y remplacer le fils al)sent du vieillard. Il arrivait, avons-nous dit, que dans la même rue, enface, les voisins tombaient et mouraient foudroyés en quelques instants. Craignant d'être ainsi surpris, M. Ampère, de qui la chambre était précisément au-dessus de celle de l'étudiant, ne manquait pas de lui redire, chaque soir en le quittant : « Ozanam, si le choléra me prend cette nuit, je frapperai avec mon bâton sur le parquet. Ne montez pas me secourir, mais partez au plus vite chercher mon confesseur, l'abbé X..., rue de Sèvres, puis vous irez appeler mon médecin. »

Ces bienfaisants exemples de christianisme sont ceux que la reconnaissance d'Ozanam rappellera ainsi sur la tombe de ce second père : « Cette tête vénérable qui jugeait toute chose et la science elle-même au point de vue divin, se courbaitsans réserve devant les mystères et

ÔO L'ACTION CATHOLIQUE.

SOUS le niveau de l'enseignement sacré. Il s'agenouillait aux mêmes autels que Descartes et Pascal, à côté de la pauvre veuve et du petit enfant moins humbles que lui... S'il laisse un grand vide dans la société des intelligences d'élite, quel grand deuil ne laisset-il au cœur de ceux qui avaient pu l'approcher de plus près et jouir de la familiarité de sa religion et de ses vertus ! »

L'autre nom qu'il faut prononcer, au premier rang des guides de la jeunesse d'Ozanam pendant les cinq années de sa vie d'étudiant à Paris, n'est pas celui d'un homme illustre. Je n'ai pas encore nommé et salué le directeur et vrai père spirituel de cette âme : un prêtre.

Ce prêtre, l'abbé Marduel, avait été vicaire de Saint-Nizier, à Lyon, puis appelé à Paris, auprès de son oncle, curé de Saint-Roch. C'était maintenant un vieillard d'un âge avancé, modestement retiré dans un appartement de la rue Massillon, près Notre-Dame, où l'avait su découvrir sa nombreuse clientèle de pénitents de toute classe, évêques, prêtres, pairs de France, grands seigneurs, médecins; puis des étudiants, des ouvriers, des pauvres, reçus avec la même bonté, traités avec la même indulgente patience. On était à l'aise avec lui. Il était simple, il était sage, il était instruit, judicieux ; il était pieux, priant toujours et le faisant sur son chapelet lorsque ses yeux ne lui permirent plus de lire son bréviaire. Devenu très pauvre, dépouillé de tout, n'ayant plus que le morceau de pain que lui avait assuré la fabrique Saint-Roch, il le partageait avec de plus malheureux que lui, tandis que sa vieille servante allait quêter pour lui les choses les plus nécessaires à la vie.

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