‹ Frédéric OzanamChapitre 44 sur 344 · LES AMIS LYONNAIS · texte numérisé non relu

LES AMIS LYONNAIS

calier de l'Hôtel des Écoles, et ta glorieuse épée retentir sur le carreau de nos chambres ! Mais on te regrette,. on te cite, tu vis dans nos mémoires; et lorsqu'une lettre de toi arrive à quelqu'un de nous, on le courtise pour en avoir sa part. » — Lyonnais aussi Dufieux, grand et beau cœur, plus tard meurtri par de cruelles épreuves, qui ne devait pas connaître de meilleur consolateur que l'ami qui lui écrivait : « Je vous aime en Celui qui nous aime tous deux. OfFrez-lui pour moi une partie des choses saintes qui vous rendent si cher et à Lui et à moi. »

Il eût fallu nommer d'abord Edmond Le Jouteux, qu'Ozanam rappelle de ses poétiques vacances de la Touraine par de si gracieuses paroles et pour de si nobles rendez- vous! — Et Ghaurand, que nous retrouverons avec Ozanam à la fondation des conférences de Saint-Vincent de Paul de Lyon. — Et Paul Brac de la Perrière! Frédéric s'étonne, s'en veut, de ne l'avoir pas connu d'abord à Lyon, lui Lyonnais, avant son séjour d'étudiant à Paris. « Mais Dieu, qui rapproche les nuages pour en faire jaillir la foudre, écrit-il, est aussi celui qui rapproche les âmes quand il lui plaît, pour en faire jaillir l'amour. »

Un jour qu'il assistait au cours d'archéologie orientale au Collège de France, le professeur Letronne, géographe, égyptologue, chronologiste, la plus haute autorité scientifique d'alors en ce genre, s'évertuait à démolir ce qu'il appelait dédaigneusement « la légende de la Genèse ». Ozanam, silencieux, mais impatienté, y opposait des signes de tête qui avaient leur expressive signification. Il fut remarqué par un autre étudiant qui pensait comme lui, et qui, au sortir du cours, chercha à le rejoindre pour sym-

pathiser. Ozanam avait disparu, mais non pas pour toujours. Ils se retrouvèrent.

Yoici comment Lallier, — car c'était lui, — racontait plus tard leur liaison à un ami qui nous la rapporte textuellement: « Comme je sortais, toujours seul, de l'École de Droit, j'observai que, sur le bord du trottoir, vers la rue Soufflot, un petit groupe de jeunes gens, toujours les mêmes, se formait chaque jour, après le cours. Au milieu il en était un qui parlait avec animation, et que l'on écoutait. — Quel est, me demandai-je, ce jeune coq [sic) que ceux-là entourent de tant d'attention? — Je reconnus Ozanam. Mû par la curiosité et déjà la sympathie, j'approchai du groupe et me mêlai par quelques mots à l'entretien. Ozanam me répondit. Puis, après un temps d'arrêt et la dispersion des autres, nous reprimes la conversation à deux, marchant ensemble, causant ensemble, nous comprenant de plus en plus ; et c'est ainsi faisant que nous en vînmes à nous conduire et reconduire interminablement d'un logis à l'autre. )> Dans Lallier, Ozanam avait trouvé un frère ^

Une autre fois, c'est sur les gradins de l'amphithéâtre de Droit qu'Ozanam est remarqué par un camarade qui se demande quel est ce jeune homme, silencieux, attentif, à l'air intelligent, à l'aspect et aux manières si comme il faut? Sur ces entrefaites, il arriva que sortant de l'église de Saint-Étienne-du- Mont, il se rencontra face à face avec lui, et le reconnaissant : « Quoi !,vous êtes donc catholique ? Oh ! pardon : moi qui vous en croyais si loin ! » Et il lui tend la main : « Soyons amis! » Ce jeune homme était

î. Lettre de M. Joseph Perrin, avocat à Sens, président de la Conférence de Saint-Vincent de Paul, 4 février 191t.

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