‹ Frédéric OzanamChapitre 45 sur 344 · LES PREMIERS AMIS · texte numérisé non relu

LES PREMIERS AMIS

M. de Goy. Depuis six mois qu'il était à Paris, résolu avant tout de se garder du mal et des mauvais, il avait vécu sans camarade aucun.

Des affinités d'un autre genre formaient le lien de Tamitié : celles de la naissance, de l'éducation, de la profession, celles des convictions d'abord. Un étudiant de seconde année de Droit, Paul Lamache, de Saint- Pierre-Église, dans la Manche, avait son père médecin comme Ozanam, un frère prêtre comme Ozanam, deux sœurs tout à Dieu et aux pauvres, comme naguère la jeune sœur d'Ozanam. Il avait été au collège de Rouen ce que Frédéric avait été à celui de Lyon, un défenseur et un apôtre de sa foi. Il avait eu un ami et un maître dans son proviseur, iM. Faucon, comme Ozanam dans son professeur, M. Noirot. « Et puis, dit son biographe, c'était chez l'un et l'autre, chez le robuste Bas-Normand comme chez le frêle et délicat Lyonnais, un fond secret de rêverie qui se traduit dans leurs lettres par une similitude d'accent. Autant de signes de parenté intellectuelle et morale. » Dès le jour où ils se rencontrèrent au pied des mêmes chaires, ils se reconnurent eux aussi comme frères. Les trois noms d'Ozanam, de Lallier et de Lamache ne se séparent plus dans la première période de cette histoire.

D'autres arrivèrent bientôt par des chemins semblables. Il leur fallait tendre au même but. Ozanam écrivait qu'il était temps de les réunir autour d'un même drapeau : celui de la défense religieuse, en face de l'irréligion audacieuse et triomphante.

Tout le pressait de le faire. L'attaque était violente. L' antichristianisme faisait rage dans la presse, dans l'école, à la tribune, à la faveur des doctrines dites

libérales qui, sous le régime de Juillet, lâchaient la bride à tout le dévergondage des idées et l'emportement des partis. L'Université surtout exerçait contre l'Église les représailles de la contrainte dont elle avait souffert sous la Restauration . La Sorbonne , le Collège d e France étaient particulièrement agressifs; et ceux de nos jeunes catholiques qui n'en étaient pas troublés ou enténébrés, s'en revenaient de là souffrants, provoqués, irrités, blessés et révoltés.

Mais ils étaient le bien petit nombre. Le découragement était partout, même dans les conseils de l'Église de France. Entre le silence des uns et le mensonge des autres, que pouvaient-ils faire, eux cette poignée d'enfants, à Fencontre de la voix de ces maîtres de la science et de l'éloquence, portés par la faveur du pouvoir et des foules? Laisser dire, laisser passer? Ils ne le voulaient pas. Écrire dans les journaux? On ne les lirait pas. C'est la parole qu'ils résolurent d'opposer à la parole, face à face, sur le même terrain, devant le même auditoire, par lequel ils se feraient pardonner, accepter, écouter à force de courage, de raison et aussi de respect, au nom de la vérité et de la liberté.

Voici comment, dans une lettre du 10 février 1832, c'est-à-dire — qu'onle remarque — quatre mois seulement après son arrivée à Paris, Ozanam nous initie au dessein et déjà à l'action de cette résistance à l'enseignement anti-chrétien de la Sorbonne : « Nous avons, dans nos rangs devenus plus nombreux, des jeunes hommes généreux qui se sont consacrés à cette haute mission, laquelle est aussi la nôtre. Chaque fois qu'un professeur élève la voix contre la Révélation, des voix catholiques s'élèvent pour répondre. Nous sommes unis plusieurs dans ce but.

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