‹ Frédéric OzanamChapitre 46 sur 344 · PROTESTATIONS EN SORBONNE · texte numérisé non relu

PROTESTATIONS EN SORBONNE

Déjà deux fois j'ai pris ma part à ce noble labeur, en adressant mes objections écrites à ces messieurs. Nos réponses, lues publiquement, ont produit le meilleur effet, et sur le professeur (M. Letronne) qui s'est presque rétracté, et sur les auditeurs qui ont applaudi. Ce qu'il y a de plus utile dans cette œuvre, c'est de montrer à la jeunesse étudiante qu'on peut être catholique et avoir le sens commun, qu'on peut aimer à la fois la religion et la liberté; enfin, c'est de la tirer de l'indifférence religieuse, et de l'accoutumer à la grave discussion de questions sérieuses. »

La lettre suivante, adressée de même à Ernest Falconnet, ajoute : « La cause que nous soutenons est la cause de l'Évangile. Je te ferai savoir tout ce qui s'accomplira autour de nous pour l'honneur et le triomphe de cette divine cause. »

En effet, moins de deux mois après, 25 mars, il écrit que les premières rencontres « n'étaient que des escarmouches ». Et il ajoute : « Aujourd'hui, je me réjouis de t'apprendre que nous venons de livrer un plus sérieux combat. C'est la chaire de philosophie, c'est le cours de M. Jouffroy qui a été notre champ de bataille. »

Professeur adjoint à la Sorbonne, maître de Conférences à l'École normale, chargé de cours au Collège de France, député de son arrondissement de Pontarlier depuis 1831, Théodore Jouffroy, à trentesix ans, était déjà par l'élévation de son esprit et la gravité de sa parole, une des royautés de la libre pensée. Mais c'était aussi l'homme néfaste et solennel qui, dans son fameux article du Globe: « Comment les Dogmes finissent », tintait à petits coups le glas du christianisme. C'était enfin le psychologue inquiet et troublant qui posait en termes magnifiques

le Problème de la destinée humaine dont il ne voulait demander la solution qu'à une raison qui le livrait en proie à un scepticisme impuissant et gémissant. En somme, sous ces fleurs du discours, Ozanam déclare n'apercevoir que des ruines : celles de la foi et celles de la raison tout ensemble, sur lesquelles le philosophe, d'une main mal assurée, se prépare à bâtir le temple de la religion de l'avenir. Finalement il s'écrie : « Voilà donc ce que M. Jouffroy nous prêche à la Sorbonne, cette antique Sorbonne que le christianisme a fondée, et dont le dôme est encore couronné du signe de la croix ! »

De sa protestation, Ozanam écrit ainsi, sans toutefois se nommer même à ce confident : « M. Jouffroy s'étant permis d'attaquer même la possibilité de la Révélation, un jeune catholique (M. Gorse, plus tard avocat à Tulle) lui adressa quelques observations par écrit. Le philosophe promit d'y répondre ; il attendit durant quinze jours, pour préparer ses armes sans doute; et, au bout de ce temps, sans lire la lettre, il l'analysa à sa manière et essaya de la réfuter. Le catholique, voyant qu'il était mal compris, présenta une seconde lettre au professeur. Celui-ci n'en tint pas compte, il n'en fit point mention et continua ses attaques, jurant que le catholicisme répudiait la science et la liberté.

« Alors, nous nous réunîmes; nous dressâmes une protestation où étaient énoncés nos vrais sentiments : elle fut revêtue à la hâte de quinze signatures et adressée à M. Jouffroy. Cette fois, il ne put se dispenser de nous lire. Le nombreux auditoire, composé de plus de deux cents personnes, écouta avec respect notre profession de foi. Le philosophe s'agita en vain pour y répondre. Il se confondit en excuses, assurant

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