‹ Frédéric OzanamChapitre 48 sur 344 · CONFERENCES DE L'ABBE GERBET · texte numérisé non relu

CONFERENCES DE L'ABBE GERBET

Jamais ne retentit à nos oreilles une parole plus pénétrante, une doctrine plus profonde. Il n'a donnéencore que trois séances, et la salle est pleine, pleine d'hommes célèbres et de jeunes gens avides. J'y ai vu MM. de Potter, Sainte-Beuve, Ampère fils, accueillant avec transport les enseignements du jeune prêtre. » Ozanam a remarqué que « le système de Lamennais exposé par lui n'était plus celui de ses partisans provinciaux ». Il n'était plus même celui dont le maître avait prétendu faire le fondement de la démonstration évangélique, mais seulement un portique de preuves inductives conduisant vers la vérité de la Révélation. « C'est, continue Ozanam, le tableau de l'alliance immortelle de la foi et de la science, de la charité et de l'industrie, du pouvoir et de la liberté. Appliqué à l'histoire, il la met en lumière, il y découvre les destinées de l'avenir. Au reste, aucun charlatanisme : une voix faible, un geste embarrassé, une improvisation douce et paisible. Mais à la fin de ses discours, son cœur s'échauffe, sa figure s'illumine, il a le rayon au front, et la prophétie sur sa lèvre. » Dans ce portrait de Gerbet, ne trouve-t-on pas déjà, par anticipation, celui d'Ozanam lui-même, tel que s'en souviennent ses auditeurs de la Sorbonne?

Mais ces conférences à huis clos, si j'ose dire, données dans une salle, — celle de la place de l'Estrapade, — ne pouvant contenir plus de trois cents personnes, c'était, en vérité, la lumière sous le boisseau. Ozanam se demanda si l'on ne pourrait pas en étendre le bienfait à toute la jeunesse des écoles? Pourquoi Paris n'aurait-il pas quelque part sa chaire de haut enseignement apologétique, répondant, dans une langue nouvelle, à toutes les questions comme à

tous les besoins du temps présent? Telle était la plainte et l'entretien de ces jeunes chrétiens de bonne volonté. Mais qui donc osera formuler la requête et la présenter en haut lieu ?

L'heure était propice. C'était celle où, par suite de conflits déplorables, était fermée, à la Madeleine, l'Académie de Saint-Hyacinthe, où l'abbé Dupanloup donnait avec éclat l'enseignement apologétique aux jeunes gens de son catéchisme de persévérance. Sa dislocation affligea le cœur d'Ozanam, qui s'y était rendu quelquefois en curieux. Il voulut en manifester son regret, en assistant à la séance des adieux qui fut émouvante. Il se demandait en sortant de là : « N'y aura-t-il donc plus nulle part, à Paris, une seule chaire doctrinale au pied de laquelle nous puissions aller nous éclairer et nous désaltérer? » — « Vous souvient-il, écrivait-il plus tard à Lallier, vous souvient-il de cette fameuse soirée où nous assistâmes aux adieux de l'Académie de Saint-Hyacinthe, et revînmes, sans désemparer, rédiger la pétition à M^' de Quelen? »

C'était aux premiers jours de juin 1833. La pétition rédigée par Ozanam fut couverte par cent signatures catholiques. Une audience fut demandée à M^' l'archevêque, qui l'accorda aussitôt à une délégation composée de trois membres : MM. Ozanam, Le Jouteux, et de Montazet, petit-neveu de l'archevêque de ce nom. Us savaient Monseigneur lui-même très affecté de la fermeture de l'Académie de Saint- Hyacinthe, et du préjudice qu'allait en subir une partie de la jeunesse. Mais ce n'était pas un simulacre d'académie dans une chapelle d'initiés qu'ils venaient lui demander : c'était l'institution, à Notre-Dame même, d'une prédication qui fût à la fois pour toute

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