‹ Frédéric OzanamChapitre 49 sur 344 · DÉLÉGATION A M«' DE QUELEN · texte numérisé non relu

DÉLÉGATION A M«' DE QUELEN

la jeunesse des écoles une arme et un flambeau.

L'Archevêque qui, depuis le sac de son archevêché, demeurait au couvent des Dames de Saint-Michel, rue Saint-Jacques, reçut les jeunes gens avec bienveillance. Enhardis par cet accueil, ils lui représentèrent l'inquiétude des esprits et le besoin « d'une prédication qui, nouvelle dans sa forme, et descendant sur le terrain des controverses actuelles, prît corps à corps les adversaires du christianisme pour répondre aux objections journellement enseignées dans les cours publics, et reproduites, popularisées, par les livres et les journaux ».

L'Archevêque répondit qu'il était dans les mêmes pensées; et, à la lin, se montant lui-même, semblaitil, au diapason de leur enthousiasme communicatif : « Oui, dit-il, et moi aussi j'ai le pressentiment que quelque chose de grand se prépare. Dieu se ménage dans ce siècle une victoire éclatante. » Il les assura donc qu'il s'occuperait de leur demande. Puis les ayant bénis et relevés affectueusement dans ses bras, il réunit leurs trois têtes contre son cœur : « J'embrasse en vos personnes toute la jeunesse catholique » , dit-il fort ému.

Rien ne se fit alors ; mais le souvenir d'un tel accueil avait laissé à Ozanam et à ses amis, de plus en plus nombreux, le vague espoir que satisfaction leur serait donnée. C'est pourquoi, aux approches du carême de l'année suivante, 1834, il prit la respectueuse confiance de tenter auprès de Monseigneur une seconde démarche. La pétition nouvelle s'autorisait cette fois de deux cents signatures. C'est en leur nom que, le 15 février, Ozanam, Lallier et Lamache furent admis devant sa paternelle Grandeur.

Cette pétition était belle. Après avoir rappelé (( l'accueil plein de bonté et les paroles d'espérance reçues l'année précédente, émus des besoins croissants et rendus plus sensibles par une longue attente, les jeunes chrétiens des écoles, reconnaissant de plus en plus combien l'étude est sèche pour le cœur et stérile pour l'intelligence quand elle n'est pas animée par l'esprit religieux, venaient solliciter un enseignement qui, pour eux, sanctifiât la science et la leur montrât comme la sœur de la foi ».

Ils parlaient de cet âge, le leur, où l'homme sent le besoin d'une xioctrine certaine qui coordonne ses connaissances, en les rattachant à un ordre d'idées supérieur, et d'un autre côté établisse sous ses pas les bases du devoir et trace devant lui les sentiers de la vie. La religion seule le peut; mais il faut la connaître. « Voilà pourquoi, Monseigneur, nous eussions désiré des Conférences qui, sans s'arrêter à réfuter des objections de fait aujourd'hui méprisées, eussent déployé aux yeux le christianisme dans toute sa grandeur et dans son harmonie avec les aspirations et les nécessités de l'homme et de la société. »

Dans cette démonstration, ils demandaient « une place pour une philosophie des sciences et des arts, qui découvrit dans le catholicisme la source de tout ce qui est vrai et de tout ce qui est beau ; pour une philosophie de la vie, qui en montrerait le principe, la marche et la destinée. Ils avaient désiré que cet enseignement descendît de la chaire chrétienne, parce que des lèvres du prêtre découle, avec la lumière, la grâce qui fortifie et qui convertit. Ils eussent désiré qu'au pied de cette chaire, et dans la même enceinte, il y eût place pour tous, croyants

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