PÉTITION : CONFÉRENCES A N.-D
OU incroyants, recueillant en silence des germes de convictions qui lèveraient ensuite. — Déjà, nous avons vu plusieurs de nos condisciples revenir à cette lumière, de laquelle ils ne s'étaient éloignés que parce qu'ils ne la connaissaient pas. Oh ! si nous pouvions voir cet exemple suivi par toute cette jeunesse des écoles, à laquelle il ne manque, pour aimer le christianisme, que d'en savoir la beauté ! »
La pétition faisait entrevoir l'œuvre de charité qui commençait alors à se constituer parmi ces jeunes gens réunis dans un fraternel amour, autour des mêmes autels. Elle se terminait ainsi : « Alors, de toutes ces âmes rassurées par la foi ou consolées par la charité, s'élèverait un concert de louanges pour Dieu, de filiale reconnaissance pour l'Église, et de bénédictions pour Celui qui aurait été l'auteur de tout ce bien! »
A la un de cette pièce, ces jeunes chrétiens pouvaient se dire : « De sa Grandeur les très humbles et obéissants serviteurs et les fils dévoués en Jésus- Christ » ; car véritablement ils Tétaient.
L' Archevêque, doucement ému, encouragea Ozanam, leur porte-parole, à lui parler avec confiance, frappé qu'il était d'une lucidité de vues qui l'émerveillait en un esprit de vingt ans. Celui-ci s'enhardit jusqu'à prononcer le nom de deux conférenciers capables de réussir dans cette entreprise. Il ne pouvaitpas être question de l'abbé Gerbet, de qui le faible organe n'eût pas pu atteindre une vaste assemblée. L'un de leurs deux candidats était l'abbé Bautain qui, brillant élève de M. Cousin à l'École normale, venait de passer avec éclat de la philosophie rationaliste à la foi. L'autre, et visiblement le préféré,
était Fabbé Lacordaire, que sa défense dans son Procès de l'École libre, soutenue avec Montalembert devant la Chambre des Pairs, et son éloquente collaboration au journal V Avenir^ avaient rendu cher à la jeunesse.
Mais ce qui aujourd'hui le désignait à leur choix, c'était l'éclat de ses Conférences au collège Stanislas. Depuis le 19 janvier qu'elles s'étaient inaugurées, le flot de l'admiration, grossi par les plus hautes célébrités académiques et politiques, s'était porté vers cette chapelle trop étroite, au pied de cette modeste chaire déjà célèbre, où venait de se révéler à Paris son premier orateur sacré, et à la jeunesse des écoles l'apologiste qu'elle attendait.
Mais les qualités mêmes par lesquelles Lacordaire séduisait la jeunesse, l'originalité d'une pensée et d'une parole accommodée aux nouveaux courants de l'opinion, était ce qui par contre le rendait suspect aux anciens du sanctuaire, défenseurs intéressés des traditions classiques et des vieilles formules ecclésiastiquea D'avoir collaboré à la rédaction de V Avenir n'était pas davantage une recommandation, à cette heure des premières défections de Lamennais ; et les esprits prévenus ne faisaient pas de distinction entre ceux qui restaient obstinés dans Terreur et ceux qui avaient rompu loyalement avec elle, au prix de tous les sacrifices. La candeur d'Ozanam se doutait-elle de la montagne de préjugés qu'il lui eût fallu renverser pour faire arriver d'emblée Lacordaire à la chaire de Notre-Dame?
Sans se prononcer sur les noms, M^"" de Quelen, d'esprit hésitant et partagé, annonça aux trois délégués qu'il allait faire un essai de nature à les contenter, croyait-il. Cet essai consistait à leur donner