‹ Frédéric OzanamChapitre 51 sur 344 · L'ABBE LACORDAIRE · texte numérisé non relu

L'ABBE LACORDAIRE

non un seul prédicateur, mais sept, pris dans l'élite de son clergé, lesquels se partageraient les dimanches de carême, dans la chaire de Notre-Dame, par des prédications conformes au désir exprimé. C'était la réponse d'un homme de 1804 répondant à des jeunes hommes de 1834. On lui demandait Lacordaire, il offrait la monnaie de Ms' Frayssinous.

« Pendant que la conversation se continuait sur ce sujet délicat, les délégués présentant respectueusement leurs objections, le prélat persistant dans son dessein, la porte du salon s'ouvrit, et M. de Lamennais parut. Monseigneur courut au-devant de lui, Tembrassa, le prit par la main, et, se tournant vers ces jeunes gens : « Voilà, Messieurs, l'homme qu'il vous faudrait. Si sa voix lui permettait de se faire entendre à Notre-Dame, les grandes portes de la métropole seraient trop petites pour recevoir les foules qu'attirerait son nom ! » Sur quoi — c'est Lamache qui le raconte dans une lettre, — sur quoi, je vois encore Lamennais, levant ses grands yeux chargés d'une indicible et amère tristesse : « Ah! moi, Monseigneur, ma carrière est finie. »

Elle l'était bien, en effet ; car (ce qu'on ignorait) à cette heure, les Paroles d'un Croyant étaient imprimées, et à la veille de paraître. Les trois jeunes gens se levèrent et prirent congé du prélat.

Le lendemain, le récit de l'entrevue parut dans Y Univers par suite d'une indiscrétion, dont Ozanam et Lallier, qui la déploraient, crurent devoir aller s'excuser auprès de l'Archevêque. M^' de Quelen les reçut comme la veille ; et, en témoignage de l'empressement qu'il mettait à les satisfaire, il leur dit qu'il avait mandé aussitôt les prédicateurs désignés, lesquels étaient à conférer dans le salon voisin, où il allait les

mettre en rapport avec eux. Ce qu'il fît, les laissant auprès de ces sept personnages desquels les plus connus étaient l'abbé Dupanloup et l'abbé Pétetot. Les autres étaient MM. Fraysse, Dassance, Thibaut, James, Annat. La conversation s'engagea, réservée d'abord, animée bientôt, avec trois d'entre eux, à l'effet de les convertir à l'idée qu'il valait mieux qu'on se passât d'eux. Ils eurent beau faire, il n'en fut rien. L'ardente conviction d'Ozanam poussa très loin l'assaut, sans pouvoir enlever ni entamer la formidable position. On se sépara en somme sans s'être compris. Rentré chez lui, Ozanam rédigea pour l'Archevêque un petit mémoire qui complétait sa parole : c'était sa dernière cartouche. Elle fut brûlée en pure perte. La station des sept s'ouvrit à Notre- Dame, le 16 février 1834. Elle eut peu de succès. C'était vers la chapelle du Collège Stanislas, autour de l'abbé Lacordaire, que se pressait la jeunesse.

C'est dans ces mêmes jours que Lacordaire reçut d'Ozanam cette première visite de laquelle il écrit, 1854 : « Il me faut traverser bien des années pour retrouver l'heure où je vis Ozanam pour la première fois. Je n'avais pas encore inauguré l'enseignement qui me donna des disciples et des amis. J'errais au dedans de moi dans des incertitudes douloureuses. C'est à cette heure-là qu'Ozanam vint à moi, comme l'avant-garde de la jeunesse qui devait, en entourant ma chaire, me relever de mes afflictions... C'était dans l'hiver qui liait 1833 à 1834. Il devait avoir vingt ans. Il n'avait pas la beauté de la jeunesse. Pâle comme les Lyonnais, d'une taille médiocre et sans élégance, sa physionomie jetait des éclairs par les yeux, et gardait néanmoins dans le reste une expression de douceur. Il portait sur un front, qui ne

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