L'ŒUVRE D'APOSTOLAT
Chacune de ces conférences, soumise ensuite à une commission qui en faisait rapport en séance, donnait lieu à une discussion qui, entre jeunes, ressemblait à une bataille. Si l'ancienne Société des Bonnes Études, formée en vue de la conservation et de la préservation, n'avait admis que des membres de même opinion religieuse et politique, la Conférence d'histoire, recrutée, elle, en vue de la conquête, n'avait pas craint de s'ouvrir à toutes les nuances et divergences de la pensée contemporaine, dont Ozanam et ses amis escomptaient le retour.
Il écrit : « La lice est ouverte à toutes les opinions, voire même aux doctrines saint- simoniennes; et, hormis la politique écartée par le programme, le domaine de la discussion est illimité et sa liberté pleine et entière. De jeunes philosophes viennent demander compte au catholicisme de ses doctrines ou de ses œuvres. Et alors, saisissant l'inspiration du moment, Tun de nous fait face à l'attaque, développe la pensée chrétienne mal comprise, déroule rhistoire pour y montrer les glorieuses applications qui en sont faites ; et, trouvant quelquefois une source d'éloquence dans la grandeur du sujet, établit sur des bases solides l'immortelle union de la vraie philosophie avec la foi. »
Ce quelqu'un était le plus souvent Ozanam luimême, comme étant, sans conteste, celui qui savait davantage et qui parlait le mieux. Il avait la riposte facile, prompte, aiguisée d'esprit et pittoresque.
En face de lui, l'ennemi était encore l'école saintsimonienne, démolie il est vrai dans ses applications, mais vivace quand même dans sa philosophie. Elle évoluait dès lors vers le positivisme, avec Auguste Comte, professeur à Polytechnique. Et, comme après
L'ETUDIANT APOLOGISTE. 8e«
1880, c'était toujours « La Religion de l'Humanité » qui aspirait à la succession du vieux christianisme déchu, défunt.
Une fois qu'un de ses fossoyeurs empressés parlait de procéder à son enterrement, Ozanam parut et raconta ceci : « Quand les sauvages de l'Amérique se préparent à livrer de sanglants combats à leurs frères de la solitude, ils ne manquent pas, pour se donner du cœur, d'entonner un chant de guerre en l'honneur de leur victoire future, escomptant par avance le nombre des chevelures enlevées à leurs ennemis. Telle est, d'après les récits des voyageurs, la coutume des Hurons et des Iroquois. Cette coutume aurait-elle passé de là jusque chez nous; et ne la retrouvez-vous pas dans ce Paean triomphal prématurément entonné par le préopinant? »
Ce triomphateur trop pressé s'appelait Broet. « M. Broet prétend que le catholicisme a fini son œuvre; qu'il expire aujourd'hui dans l'anarchie qui le déchire, et la léthargie qui l'endort, insouciant et incapable du bien de l'humanité. C'est sur ce terrain que je le prie de me suivre. »
On devine le reste : L'Église dans la solidité divine de sa constitution et la fécondité perpétuelle et universelle de son action, enseignant le vrai, semant le bien, faisant rayonner le beau à travers les âges; régnant encore aujourd'hui sur les esprits, les cœurs, les mœurs; adorée de ses enfants, victorieuse de ses ennemis, conquérante des deux mondes... Ayant ainsi fait se redresser cette condamnée à mort dans l'immortalité désespérante d'une vie dont il faut prendre son parti, le jeune apôtre s'arrètant : « Mais c'est assez. iMaintenant que sert de venir au milieu des nations dire d'une grande voix : « Le catholicisme est