AUX SAINT-SIMONIENS
Peu de jours après, juillet 1833, La Tribune reçut d'Ozanam des pages meilleures encore, magnanimes et touchantes. Le Saint-Simonisme, déjà cribla de traits et miné par le ridicule, s'eiFondrait dans l'immoralité. Ses chefs tombèrent sous le coup d'une condamnation judiciaire.
C'était une victoire pour la pensée d'Ozanam. Il n'en triompha pas; et, au lieu de piétiner l'ennemi abattu, il fit le beau geste, sinon de le relever, du moins de le plaindre et de l'honorer en saluant chez lui de généreuses aspirations qu'il le conjurait de tourner désormais vers le Christ- Vérité, seul capable de les satisfaire. Au lieu de rire de ces vaincus dont il était à la mode alors de tant rire, il les loua d'avoir secoué le manteau de l'indifférence en matière religieuse, pour ramener les esprits au sérieux des questions doctrinales; d'avoir rêvé, à leur manière, de la rédemption de l'humanité souffrante; d'avoir rendu hommage à l'Évangile, en le sophistiquant : « Les saints-simoniens sont des égarés^ insistait-il avec une confiance touchante. Mais, pour plusieurs cette déviation de l'orthodoxie n'aura été qu'une courbe rentrante qui les y ramènera. C'est le Christ qu'inconsciemment ils cherchaient. Certains déjà se retournent vers lui. Et ses bras, comme ceux de l'Église, demeurent ouverts pour tous les autres. »
N'a-t-on pas eu raison d'admirer, dans cet article d'un tout jeune homme, « une impartialité miséricordieuse, une hauteur de vues, une façon naturelle de planer, qui en font une des meilleures pages d'Ozanam étudiant? Il y a là mieux qu'un chef-d'œuvre d'intelligence, il y a un chef-d'œuvre du cœur. »
Plus que le lyrisme de l'éloquence, cette avenance