‹ Frédéric OzanamChapitre 64 sur 344 · L'APOSTOLAT INTELLECTUEL · texte numérisé non relu

L'APOSTOLAT INTELLECTUEL

sympathies vont quelque part, c'est plutôt à une royauté sage qu'elles inclinent. »

Ozanam exprime sa douleur d'un blâme qui retombe sur une réunion de jeunes gens de bonne volonté, qui, malgré leur petit nombre et ia contradiction, avaient trouvé dans leur foi le courage de défendre leur sainte mère l'Église, outragée de toutes parts. « Mais ce n'est point une déclaration de principes politiques que j'y suis venu faire. Un jour viendra peut-être où je serai en droit d'avoir ces opinions à moi. En attendant, je vis de ma foi, que je tiens de mon Dieu, et de mon honneur que je tiens de mes parents. Souffrez qu'ici je les défende l'une et l'autre. »

M. Picot ne refusa pas d'insérer la longue réponse d'Ozanam, un peu vive il est vrai, mais dont le sentiment de sincérité le touchait sans toutefois le convaincre i.

Cependant Ozanam n'avait pas attendu le jour de de ces remontrances, juin 1834, pour s'avertir luimême. La conscience délicate du jeune chrétien était éveillée. Certains faits effrayaient sa responsabilité. Il était arrivé qu'au cours de discussions soulevées à l'improviste, les champions du christianisme, pris de court, avaient été trouvés au-dessous de leur tâche. On se réunit en commission chez Lamache, rue et hôte! Corneille, pour des mesures à prendre contre de pareilles surprises. Elles n'aboutirent pas.

Un jour que Lallier, un des trois commissaires, s'en

1, Sur tont ce sujet, je suis heureux de renvoyer au riche développement que lui a donné M. Georges GOYAudans les quatre articles de la Revue pratique d'Apologétique, t. XIV, intitulés ^posioZa^ intellectuel du jeune Ozanam, où, dans le plus beau langage, le cher écrivain cathalique fait tout revivre, la pensée, la foi, Taction et le grand cœur de rhomme auquel il est apparenté ptr tous cet cdtèk

FAIRE DES ŒUVRES. 9i

condoléait avec Talné du petit groupe, Le Taillandier, un Rouennais, étudiant de seconde année de droit, celui-ci esprit froid, silencieux, mais d'un grand sens pratique, finit par conclure ainsi tranquillement : « J'aimerais, au lieu de tout cela, un autre genre de réunion, composé uniquement de jeunes catholiques, qui, au lieu de beaux discours et de disputes, se livreraient ensemble à des bonnes œuvres ! »

Mais cela, ne serait-ce pas capituler? Il ne lui fut pas répondu cette fois.

Du dehors arrivaient d'autres avertissements. Ozanam les mentionne ainsi : « Lorsque nous catholiques, dans nos relations avec nos compagnons d'étude incroyants, déistes, saint-simoniens, fouriéristes, artisans de la refonte de la société, nous nous eiforcions de leur rappeler les bienfaits du christianisme, nous les entendions nous répondre invariablement : « Vous « avez raison, si vous parlez du passé : le christia- (( nisme a opéré autrefois des merveilles; mais « aujourd'hui, que fait-il pour l'humanité? Et vous- (( mêmes qui vous vantez d'être catholiques, que « faites-vous qui montre la vitalité, l'efficacité et « prouve la vérité de votre foi? » Ozanam s'avouait fort ému de ce reproche.

Une circonstance vint poser d'urgence la question, en la serrant de plus près. C'est Laraache qui le rappelle ainsi : « Dès les premiers mois de 1833, un jeune orateur, qui devint un rédacteur marquant du National, apporta à la conférence un éloge de Lord Byron, doublé de celui de Voltaire, qui fut un long blasphème. Ozanam releva le gant ; mais il sortit de là profondément triste. C'était de Foutrage fait à Dieu et à l'Église qu'il était triste. Et, s adressant à nous : « Combien il est douloureux, dit-il, de voir notre

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sainte mère l'Église ainsi attaquée, et le catholicisme ainsi travesti, calomnié ! »

Il ne conclut pas à l'abandon de la défense religieuse, (c Restons sur la brèche pour faire face aux attaques, dit-il. Mais n'éprouvez-vous pas, comme moi, le besoin d'avoir, en dehors de cette conférence militante, une autre petite société, composée toute de pieux et braves amis, qui joignent les œuvres à la parole et ainsi affirment la vérité de leur foi par les œuvres? »

« Après un demi-siècle de distance, continue Lamache, cette petite scène est toute présente à ma mémoire. Il me semble voir les yeux d'Ozanam chargés de tristesse, mais en même temps pleins d'ardeur et de feu. Il me semble entendre cette voix qui décelait l'émotion profonde de l'âme. Quand le petit groupe se sépara, chaque membre emportait au cœur le trait enflammé que Notre-Seigneur Jésus venait d'y faire entrer, par la parole du jeune camarade. »

Cependant Ozanam n'avait encore préconisé que l'action chrétienne en général ; mais quelle action? Un des jours suivants, comme on s'était réuni un peu plus nombreux. Petite rue des Grès, chez M. Serre, un lyonnais, de qui le logis était plus grand, l'entretien fit un pas de plus. Tout en demandant le maintien de la Conférence d'histoire, Ozanam en vint à avouer qu'elle lui était une source d'amers déboires. Et, là-dessus, leur ouvrant son cœur tout entier : « Après une année de travaux et de combats, demanda-t-il, qu'a donc produit d'heureux cette Conférence à laquelle ma famille me reproche, non sans raison, d'avoir sacrifié l'étude de mon droit? Pour prix de tant de peines et de sacrifices, avons-nous seulement fait à Jésus-Christ une seule conquête? »

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