ALLONS AUX PAUVRES
Et alors, humblement, mais déterminément : « Si notre effort est sans succès, ne serait-ce pas que quelque chose manque à l'efficacité surnaturelle de notre parole? » Il l'affirma disant : « Oui, pour que notre apostolat soit béni de Dieu, une chose lui manque ; les œuvres de bienfaisance. La bénédiction du pauvre est celle de Dieu. »
L'abbé Ozanam, le plus explicite des biographes de son frère touchant ces origines de la Conférence de charité, ajoute cet épilogue au récit de Lamache : « Au sortir de là, Frédéric se rencontra sur le seuil avec Le Taillandier non moins profondément affecté que lui. « Eh bien, pratiquement, qu'allons-nous faire pour traduire notre foi en actes? » se demandèrent-ils. Et, d'un même cœur chrétien : « Il faut faire ce qui est le plus agréable à Dieu. Donc il faut faire ce que faisait Notre-Seigneur Jésus-Christ, quand il prêchait l'Évangile. Allons aux pauvres! »
Ainsi firent-ils tous deux et tout de suite. Le soir même, Ozanam et Le Taillandier portèrent chez un pauvre de leur connaissance le peu de bois qui leur restait de leur provision pour les derniers mois de l'hiver.
Quatre ans plus tard, Ozanam écrivant à Le Taillandier, 21 août 1837, et lui rappelant ces journées, y ajoutait cette particularité : x( Ne fonderez-vous pas une Conférence au Ma^s? Ne nous donnerez-vous pas des frères, vous qui fûtes un de nos pères; vous qui fûtes, je m'en souviens, le premier auteur de notre Société! » Il est vrai que, dans une autre lettre, Ozanam attribue ce même titre de premier fondateur à M. Bailly, son premier pi^ésident. Ainsi, au jugement de ce modeste, chacun aurait été fondateur de la société, excepté lui.
n LA CONFÉRENCE DE CHARITÉ.
Séance tenante, la réunion, électrisée par sa parole^ lui donna le mandat d'aller sans retard faire part à M. Bailly de leur charitable dessein et le prier de s'en faire le patron.
Ils ne pouvaient s'adresser à personne qui y fût mieux préparé et disposé que ce père, comme nous allons le voir.